Livre III- Le Journal de Jassen – Les Ogres d’Artiac

LT: Haru 17

Mémoires ssi’aniques de Jassen. Extrait

Maître Merrick prit vite l’habitude de m’amener au Palais avec lui et de me laisser libre d’explorer les environs tant que je restais dans les endroits autorisés par mon pass d’accès, et ainsi rencontrer d’autres ssi’ans. Je ne sais pas si c’est à cause de Lord Lucianus qui l’accusa peu après mon arrivée de me laisser prendre la poussière enfermé seul chez lui ou si Maître Merrick se sentait mieux en ma présence, mais ces instants solitaires à vagabonder dans le Palais me permirent d’en apprendre beaucoup plus en peu de temps que durant mes années au Pensionnat. Le plus souvent je préférais rester auprès de lui, mais lorsque que je le voyais bien trop pris par son travail, je m’autorisais une promenade de quelques heures avant de revenir le voir, espérant qu’il ai fini sa tâche. Certaines parties du Palais m’étaient, en ma qualité de ssi’an, bien entendues interdites, mais cela m’importait peu comme le bâtiment, composé d’une multitude d’ailes et de tours et fourmillant d’activité à toute heure du jour et de la nuit, était assez grand pour que je ne me sente pas relégué loin de toute conversation intéressante. De toutes les rumeurs de couloirs, celles qui revenaient le plus, surtout à la cafétéria, à l’heure de la pause des employés travaillant dans les divers bureaux alentours, concernait les frasques d’Haru, le ssi’an de Lord Dante, Premier Conseiller Impérial et neveu de l’Empereur.

Je crois que beaucoup au Palais s’étaient pris d’une réelle affection pour ce ssi’an au caractère si insouciant et indomptable qui lui valait de régulières et cinglantes punitions de la part de son Maître. Glanant mes informations aux détours de conversations et d’articles de presse  Lord Merrick m’avait offert une second pass d’accès me permettant d’entrer dans une des partie fermée au public de la Bibliothèque Impériale  j’appris bientôt sa longue et complexe histoire, depuis sa découverte encore bébé dans une épave errant aux abord des restes de ce que fût Azuria, jusqu’à son enlèvement et son retour sur Gariath, bien qu’il me reste encore beaucoup de points à éclaircir sur cette histoire, notamment sur ses ravisseurs et la façon dont il faut retrouvé sur Minerva, pourtant la planète la plus éloignée de Gariath, après deux ans de captivité.
Vu de l’extérieur, Haru semblait être un garçon bien peu réfléchi, égoïste, désobéissant, voir même quelque peu insolent mais totalement dévoué à Lord Dante et doté d’une immense gentillesse et d’une bonne humeur à toute épreuve qui lui amenait la sympathie d’une grande partie du personnel travaillant au service du Premier Conseiller. Mais ce qui me marqua le plus fût son regard qui me donna le sentiment que ce ssi’an était bien plus profond et spécial qu’il ne voulait le faire croire.

Lord Dante avait fait appelé Maître Merrick dans le salon privé attenant à son bureau et je fus surpris d’y découvrir Lord Lucianus et Lord Silmar. Ces deux derniers travaillaient pourtant loin du Palais et leur emploi du temps ne leur permettait pas de venir régulièrement faire une visite de courtoisie à Lord Dante ou Maître Merrick. Je compris, voyant la surprise et l’inquiétude de mon maître que le sujet de cette réunion devait être extrêmement grave pour que Lord Dante demande à les voir tout les trois en même temps au Palais.

«Alors c’est vrai?» Maître Merrick se laissa tomber dans l’un des fauteuil et me tira par la manche pour que je m’installe, serré contre lui. Il passa son bras autour de moi et me pressa un peu plus contre son flanc, caressant mon épaule et ma nuque, le regard fixé sur Lord Silmar. Il devait être plus qu’inquiet pour oser un tel degrés d’intimité alors que nous étions au Palais et qui plus est dans le bureau de Lord Dante.

Lord Dante me dévisagea un instant mais, d’un hochement quasi imperceptible de la tête m’autorisa à rester et à écouter. Eyias était là aussi, assis aux pieds de Lord Silmar, la tête et les bras reposant sur ses genoux mais sous son air absent lui aussi avait l’air nerveux. «Je crains que oui Merrick. J’ai gardé le silence le plus longtemps possible ainsi que Silmar et les deux Chefs de la Sûreté Impériale aussi afin que ne filtre aucune informations à ce sujet mais je crains qu’il n’y ai eu des fuites et nous ne pouvons plus reculer l’exécution.»

Exécution, ce mot me fis frissonner autant que mon Maître et je me collais un peu plus à lui. D’aussi loin que je me souvienne, l’Empereur n’avait plus ratifié d’acte d’exécution depuis l’assassinat de Dame Yegalena, soeur la défunte Impératrice et mère de Lord Dante, mais tout cela c’était passé bien avant ma naissance. Bien que la loi fut extrêmement sévère, allant de l’exil et le travail forcé dans les mines de Soliman jusqu’aux tortures et mutilation diverses pour les crimes les plus graves, il était plus que rare qu’une sentence de mort fût prononcée. Il devait s’agir d’une affaire d’État pour qu’un tel châtiment fut acté. J’essayais de me souvenir de toutes les rumeurs de couloirs que j’avais entendu mais toutes semblaient vagues à ce sujet.

«Quand ?» La voix de Lord Silmar était glaciale. «Quand ces monstres mourront-ils ?»

«Dans deux jours. Il me faut faire un annonce publique mais tout est déjà prêt et les bourreaux choisis.» Lord Dante se tourna pour regarder par la fenêtre et éviter de croiser le regard de ses amis. «Je veux que vous soyez présent, vous et vos ssi’ans. Je veux que tout les dignitaires le soit. Ce qui s’est passé ne doit pas se reproduire et l’Empereur veux marquer les esprits. De tels actes doivent être sévèrement réprimés. Nous n’aurons aucune pitié, aucune clémence pour ces hommes.»

«Et cette femme….» Je me retournais, pris au dépourvu. La personne qui venait de prononcer ces mots était entrée sans un bruit et repoussait le long voile de tulle rouge qui la masquait au yeux de tous, découvrant le plus doux visage de femme qu’il m’ai été donné de voir  bien que je n’ai vu que peu de visages féminins autre que dans les livres mais son regard était sombre et déterminé. «Elle aussi doit payer pour ses crimes et je suis là pour y veiller.»

Les trois autres Lords se levèrent comme un seul homme et je tombais presque du fauteuil, ne m’attendant pas à ce brusque mouvement de la part de mon Maître. «Dame Lyria ! Vous … Alors c’était vrai…» Lord Merrick semblait de plus en plus confus, probablement intimidé par la présence de la Grande Prêtresse du Temple en personne.

«Messieurs …» Elle s’avança et pris place aux coté de Lord Silmar. «Ce qui s’est passé ne doit plus se reproduire et nous ne devons pas impressionner que les puissants, mais toutes personnes, hommes… ou femmes.» Elle appuya sa voix sur ce dernier mot, solennelle. «Bien que la loi nous interdise d’exécuter une femme, je veux que sa punition soit toute aussi exemplaire.»

Lord Dante se tourna enfin et s’avança pour s’incliner devant elle. «En ce qui concerne son cas, je me plierais à votre volonté, mais je vous demande de reconsidérer votre position.»

«En aucun cas. Nous nous reverrons dans deux jours.» Sur ces mots elle sorti de la pièce, non sans un regard en arrière; «Croyez bien que cette situation me met tout aussi mal à l’aise que vous, mais n’oubliez pas que si ils ont pû le faire, c’est uniquement grâce à son aide. A-t-elle eu pitié de ces jeunes filles ?»

L’annonce de l’exécution publique fût faite dans l’heure et partout, aussi bien au Palais que dans la rue et les journaux on ne parlait plus que de cela. Toute activité fut suspendue en l’attente du lendemain.

La journée promettait d’être belle, mais personne en ce jour ne se souciait du temps. On avait installé des barrages de contrôle un peu partout en ville mais cela n’empêchait pas la foule d’affluer en nombre et l’immense cours de parade où devait se tenir l’exécution était déjà noire de monde. Maître Merrick était là depuis l’aube, dans son costume officiel. Dans d’autres circonstances ce costumes m’aurait retourné les sens et j’aurais attendu avec impatience l’heure où il lui faudrait l’enlever, espérant grandement me charger de ce travail et réussir à l’entraîner dans son lit pour une nuit d’ébats torrides mais aujourd’hui, je me sentait vidé, engoncé moi aussi dans ce costume de deuil que tout ssi’an présent à l’exécution devait revêtir. Mon Maître semblait encore plus ombrageux qu’à l’habitude et je osais à peine respirer de peur de déclencher sa mauvaise humeur contenue. N’y tenant plus, je lui demandais l’autorisation d’aller me promener un peu et il parut soulagé par ma demande, y accédant avec empressement.

Au cours de mon errance dans les couloirs presque vides, je croisais Haru dans le salon de repos destiné aux ssi’ans des Lords de passage au Palais. Il était seul, installé à la fenêtre, murmurant une chanson à la mode. Lui aussi portait son costume de deuil, mais ne semblait pas y prêter attention, laissant ses pantalons se froisser sans se soucier des plis qu’il y faisait. Il ne tourna même pas la tête quand j’entrais mais senti ma présence.

«Jassen …. Si tu pouvais choisir le jour de ta mort, souhaiterais tu un jour de pluie ou voir le soleil un dernière fois ?» C’est alors qu’il se tourna vers moi et je me figeais sur place. J’avais entendu parler des yeux des Azuriens mais jamais je n’avais vu en vrai un tel changement de couleur. Les yeux d’Haru étaient bleus comme l’océan et si on le regardait plus longtemps que la convenance je suis sûr qu’on pourrait y voir le mouvement des vagues bercées par la brise. «Si je devais choisir ce jour, je voudrais que ce soit après la pluie, pour voir le dernier arc en ciel de ma vie…»

Je déglutis avec difficulté et me concentrais sur mes mots, essayant vainement de dompter ma langue, mais il me fût impossible d’exprimer une seule phrase intelligible. «J… je cr..crois q..» Il s’approcha de moi et me sourit doucement avant de me prendre les mains et plonger son étrange regard dans le mien. J’oubliais tout, le temps, le soleil, la pluie, cette chape de plomb qui pesait sur ma poitrine depuis hier, bercé par la houle que je voyais dans son regard si bleu. Je vis les nuages sombres dans son regard, la tempête s’y former, j’y vis la mer s’agiter et senti mon âme plonger plus profondément dans cette océan déchaîné. Puis il retira ses mains et retourna s’asseoir à la fenêtre, brisant le charme.

«Maître Dante doit être dans tout ses états à l’heure qu’il est. Je suis sûr qu’il me fait chercher partout dans le Palais…» Il eu un petit rire et me regarda à nouveau et je vis ses yeux virer retourner lentement à leur rose d’origine. «Qu’est ce que je vais prendre encore si il me trouve ici alors que je devrais être en train de finir de me préparer avec Loki. Mais ces tenues sont tellement barbantes, toutes grises et amidonnées. Et en plus je vais devoir mettre une capuche. Quelle horreur ! Toi au moins ta tenue est moins compliquée et tu peux rester tête nue.»

C’est alors qu’un des secrétaire de Lord Dante apparu à la porte, l’air essoufflé et mécontent. «Haru ! Monsieur le Premier Conseiller te fait chercher partout !»

«Tu vois ? Je te l’avais dit.» Il me fit un clin d’oeil et se leva en défroissant le bas de sa longue tunique gris perle.

«Haru, tu ferais mieux de te dépêcher, il est furieux et ça n’est vraiment pas le jour.»

«J’arrive, j’arrive. tu viens avec moi Jassen ?» Sans attendre mon accord il me prit par la main et m’entraîna à sa suite, chantonnant à nouveau. Je trouvais cette chanson fort déplacée en ce jour et allait le lui dire quand il me fit entrer dans l’ascenseur réservé au personnel de Lord Dante. J’essayais de sortir avant la fermeture des portes mais il me retint avec force et me fit alors sa plus adorable moue et me serra un peu plus le bras. J’avais du mal à croire que ce garçon ai pu me bouleverser à ce point quelques minutes plus tôt. «Jassen, reste s’il te plaît, je n’ai pas trop envie d’affronter Maître Dante tout seul.»

Et moi ? Que devrais-je dire ? Lord Dante continuait à me rendre nerveux à chaque fois que je me trouvais en sa présence alors le rencontrer sans Maître Merrick à mes côtés, tout en sachant qu’il était en colère me mettait plus que mal à l’aise.

A peine les portes de l’ascenseur s’ouvrirent-elles qu’une main surgit et agrippa Haru par le bras et le tira hors de la cabine. «HARU ! Combien de fois devrais-je te dire de ne pas aller te promener seul et qui plus est sans me dire où tu vas ? !»

Lord Dante portait lui aussi son costume officiel et semblait encore plus grand et sévère que d’habitude. La colère se lisait sur son regard mais surtout l’inquiétude liée probablement à sa peur de perdre à nouveau son ssi’an. Il s’adoucit un peu et serra Haru dans ses bras, ce qui me permit de sortir de l’ascenseur à mon tour. J’aurais dû au contraire rester dedans et redescendre mais la possibilité d’entrevoir cet étage qui m’était jusqu’à lors interdit atténua ma peur. Mal m’en prit car Lord Dante recommença alors à disputer son ssi’an avant de saisir la cravache qu’il portait à la ceinture et le coucher sur le bureau le plus proche. Haru sentant la punition proche commença a supplier et plaider sa cause, mais rien n’y fit et Lord Dante dénuda le postérieur du garçon d’un geste rapide. Haru se contracta immédiatement, et chercha à nouveau la clémence de son maître, mais Lord Dante semblait habitué à ce genre d’excuses et supplications car fit taire Haru d’un mot afin de pouvoir lui confirmer les raisons de sa punition, tapotant la peau blanche du garçon du bout de sa cravache et demander au garçon si il comprenait pourquoi il allait être corriger. Haru acquiesça d’une voix étranglée et essaya de se relever, mais Dante fut plus rapide que lui et lui asséna une série de coups qui firent vite rougir la peau pâle du garçon. Haru se débattit et cria de plus belle, assurant qu’il serait sage et obéissant, mais cette promesse n’eut aucun effet sur Dante qui rapprocha la vitesse de ses coups sans un mot. Les cris firent soudain place au silence et Haru ne se débattit plus du tout, semblant accepter la punition. Lord Dante lui porta alors trois coups plus appuyés avant de le remettre sur ses pieds, lui parlant avec douceur et le câlinant.

L’attitude d’Haru me laissait perplexe car je me serais attendu de sa part à ce qu’il soit en larmes et repentant. Au lieu de cela il restait droit, le visage figé, dénudé d’expression, comme indifférent à ce qui venait de se passer et je vis que ses yeux avaient pris une sombre teinte de gris dont aucun textes que j’avais pu lire sur le changement des yeux des Azuriens ne mentionnait. C’est alors que Lord Dante le secoua un peu, lui faisant reprendre ses esprits. Ses yeux reprirent leur teinte habituelle et furent vite envahies de larmes. Il se serra contre son maître, sanglotant de plates excuses et cherchant son pardon, tout en frottant doucement sa peau meurtrie du plat de la main. Lord Dante s’agenouilla à sa hauteur et le serra dans ses bras lui murmurant des paroles d’apaisement que je ne pouvais entendre. C’est à ce moment qu’il s’aperçu enfin de ma présence.

«Jassen ? Mais qu’est ce que tu fais ici ?! Allez, file, retourne voir Merrick… Ah, et dit lui que je l’attends dans la salle de réunion de l’aile ouest dans une heure.» Il prit Haru encore sanglotant dans ses bras et l’emporta dans son bureau sans se retourner.

Je retournais auprès de Maître Merrick, encore secoué d’avoir assisté à une telle punition mais surtout plein de questions sur Haru.

———

Maître Merrick arriva en même temps que Lord Lucianus et ses ssi’ans dans la pièce à peine meublée d’une immense table et de quelques sièges. Lord Dante était déjà installé dans la salle, Loki son second ss’ian assis bien droit à sa gauche, l’air sérieux et Haru, debout à sa droite frottant discrètement le fond de son pantalon. Il avait repris son air de ssi’an soumis qu’on vient de réprimander et ne semblait pas du tout concerné par la situation, adressant de petit signes muets et amicaux aux ssi’ans de Lord Lucianus.
Sans un mot nous nous installèrent à ses cotés tandis que Silmar entrait accompagné d’Eyias.

«Ceci n’est pas une réunion officielle, mais je tenais à vous informer du déroulement de la journée.» Lord Dante se tût quelques instants et personne n’osa interrompre son silence. «A midi sera lu l’acte d’accusation encore Lord Romel, directeur du service de gestion des Domaines Impériaux, Lord Lacius chargé du service de prospection dans les terres interdites , Lord Mael négociant en produits de luxe, le ssi’an Yueïh appartenant à Lord Romel et…» Il s’interrompit à nouveau comme cherchant les mots pour finir sa phrase. « Dame Klaria, directrice d’un sanctuaire pour les jeunes filles en Artiac. Ces personnes sont convaincues de trafique illicites en tout genre, enlèvement, tortures et assassinat de nombreuses pensionnaires du Sanctuaire d’Artiac au cours de ces dix dernières années, ainsi que de complot contre l’Empire et tentative d’empoisonnement sur la personne de Dame Lyria, Grande Prêtresse du Temple d’Hélios et régante de tout les sanctuaires érigés sur le sol Garian et Sigméen.»

Lord Silmar jura entre ses dents, brisant ainsi le silence tendu qui s’installait à nouveau. Lord Lucianus prit Aliosha sur ses genoux et le serra contre lui comme pour se réconforter quand à Lord Merrick, il avait imperceptiblement glissé sa main sur ma cuisse et la caressait distraitement. Même nous, ssi’an peu instruit en politique, savions que toute cette histoire était bien plus grave encore que l’horreur des faits qui nous avait été présenté et qu’un ssi’an puisse être jugé sur le même pied d’égalité qu’un Lord nous confortait dans l’idée que l’affaire était exceptionnellement grave.

«Le début des exécutions aura lieu tout de suite après. L’Empereur ne veux pas que le peuple ai le temps de leur jeter des pierres ou quoique ce soit d’autre.» La voix de Lord Dante était glaciale et à présent dénudée d’émotions, il semblait réciter un texte appris par cœur. «L’ordre de passage sera en fonction de la gravité de leur implication dans ces crimes et la méthode sera elle aussi choisie sur ces critères.»
Je sentis Lord Merrick frissonner et m’aperçu que tout les Lords présent ainsi que Loki avaient eu la même réaction. Loki avait été l’un des préférés de l’Empereur avant sa déchéance et il connaissait bien plus de choses que d’autres ssi’ans de son age, plus particulièrement toutes les rumeurs, histoires et intrigues sordides liées à l’Empereur et sa famille. Lui connaissait le sort réservé à Lord Romel, le même que celui de l’assassin de la mère de Lord Dante, une mort lente et douloureuse qui demanderait le concours de plus d’un bourreau.

Haru se pencha alors vers Lord Dante et lui chuchota quelque chose à l’oreille. Ce dernier fronça les sourcils et Haru reçu sa réponse sous la forme d’une vive tape sur son postérieur déjà bien malmené. La réprimande, bien que lui ayant laissé échappé un petit cri de douleur n’empêcha pas Haru de réitérer sa demande quelques minutes plus tard. Lord Dante se leva alors et sorti en silence de la pièce traînant le garçon avec lui. A peine la porte refermée qu’on entendit des éclats de voix, mais à notre plus grande surprise à tous, la voix haut perchée d’Haru se fit elle aussi entendre, tout aussi courroucée que celle de son maître. La parfaite insonorisation de la pièce empêchait de comprendre ce qui se disait, mais d’après le ton, la discussion était sérieuse et dura un bon un quart d’heure avant que Lord Dante ne réapparaisse, l’air plus que contrarié, suivi par Haru, les pupilles rouges de colère et la tête haut. Qui aurait cru qu’un si petit ssi’an puisse tenir tête à la seconde personne la plus importante de l’Empire.

Sans un mot sur l’incident Lord Dante pria tout le monde de retourner à ses occupations et resta seul avec ses ssi’ans.
——

On nous avait installés sur le second balcon qui surplombait l’immense Cours de Parade, à droite du balcon de l’empereur et nous avions, hélas, une vue magnifique sur l’immense estrade qui avait été construite durant la nuit pour supporter l’évènement. Je comptais sur notre balcon une dizaine de Lords, tous accompagnés de leurs ssi’ans. Un second balcon de l’autre coté de celui de l’empereur était lui aussi occupé par des Lords que je connaissais de vue. En me tournant un peu, j’avais une vue parfaite sur la place qu’occuperait l’Empereur quand commencerait la lecture de l’acte d’accusation. Pour le moment le balcon était vide, hormis deux gardes armés qui scrutaient la foule venue en nombre assister à la «mort des monstres» comme il se disait depuis hier. Une tribune avait été réservée spécialement aux femmes qui souhaitaient assister à cette horreur, afin que n’éclate pas d’incidents fâcheux dans la foules compact qui entourait l’estrade et je fus étonné de voir combien cette tribune était remplie. Je comprenais la haine qui animait ces femmes après qu’elles eurent prit connaissance dans les journaux du matin, bien qu’évoquée de façon succincte, les crimes qui étaient reprochés aux condamnés, mais n’étais néanmoins pas moins surpris de leur nombre. Toutes, je pense se sentaient à la fois soulagées de ne pas avoir été au nombre des victimes et réclamaient vengeances pour leurs sœurs moins chanceuses.

Le brouhaha de la foule cessa presque immédiatement quand apparu la délégation Impériale sur le Grand Balcon. C’était la première fois que je voyais l’Empereur en chair et en os et il me fit forte impression. Malgré son age avancé, il semblait solide comme un roc dans la tempête mais il y avait dans son visage grave et marqué par le temps une grande noblesse. Il était accompagné de ses deux favoris, Lord Dante le suivait à quelques pas accompagné de Loki et Haru, Lord Amadeus, le second conseiller impérial, suivi à quelques pas par la Grande Prêtresse et sa suivante. Plusieurs gardes du corps prirent aussi place à leurs cotés, tout leurs sens en alerte.

Haru m’aperçu et me fit un petit signe de la main mais Lord Dante le rappela à l’ordre d’un simple regard. L’heure était grave et solennelle. L’Empereur fit un signe aux gardes postés en contre bas et l’ordre fut donné d’amener les prisonniers, sous les huées et les injures de la foule.

Les cinq prisonniers furent bien vite hissés sur l’estrade sans qu’il n’y ai eu le moindre débordement mais la foule continuait à leur hurler sa colère et sa haine, ce qui ne semblait pas impressionner Lord Romel. Il les regardait, un petit sourire narquois peint sur le visage et ne semblait pas se soucier de ce qui allait se passer. Lord Mael et Lord Lacius semblaient plus incertains mais tentaient de garder leur sang froid. Autant Lord Romel paraissait au dessus de tout, droit et noble, drapé dans une hautaine dignité, autant ses deux complices paraissaient sans envergure et pathétiques, tremblant de peur à mesure que la foule grondait. Quant à Yueïh, minuscule à coté de son géant de maître, il semblait terrifié, au bord de l’évanouissement et si il n’avait pas été entravé par ses chaînes aurait sûrement tout tenter pour échapper à son sort. Dame Klaria avait était mise à l’écart, sur le bord opposé de l’estrade qui faisait face à la tribune des femmes et subissait leurs insultes sans broncher.

L’Empereur s’approcha de son micro et demanda le silence puis précisa qu’il n’hésiterait pas à faire évacuer la cours au moindre débordement. Une fois le calme revenu, il commença à lire l’acte d’accusation détaillé, énumérant le nom de chaque victime retrouvée dans un charnier à l’ouest de Delm, la façon dont elle avait été tuée, les mutilations et tortures subies. Au bout de la troisième j’avais le cœur au bord des lèvres, à la quatorzième certaines personnes s’évanouirent dans la foule, à la vingtième, le premier choc passé la foule commença à gronder et réclamer vengeance immédiate, mais l’Empereur réitéra sa menace et attendit le calme avant de reprendre. Trente sept jeunes filles âgées de 10 à 21 ans avaient étaient enlevées dans le sanctuaire et aux alentours, puis séquestrées dans la résidence secondaire de Lord Romel et utilisées comme objet de plaisir subissant humiliations et tortures durant de longs mois avant d’être assassinées puis leur corps caché dans un charnier au milieu de l’immense forêt qui entourait Delm.

Je me serrais un peu plus contre Maître Merrick, incapable de comprendre, ou même concevoir qu’on puisse faire subir une telle chose à un être vivant, et qui plus es une femme alors que le peuple Garian avait tant de problème en raison de la mortalité bien trop élevée de ses mères. Maître Merrick passa son bras autour de moi et posa son menton sur mon épaule, se voulant rassurant, mais je sentais bien qu’il était aussi ébranlé que moi. J’appris par la suite que se trouvait parmi les victimes, la fille de Lord Silmar et je comprenais à présent sa colère. Toutes ou presque étaient des orphelines dont les mères étaient décédées en couche et dont les pères n’avaient pas les moyens d’élever décemment et de protéger leur fille. Mais il n’était pas rare non plus qu’une mère décide d’envoyer sa fille passer quelques années dans un sanctuaire pour compléter ses études sans que le père n’ai son mot à dire, et c’est ce qui était arrivé à la fille de Lord Silmar.

«…ment pour Lord Mael, reconnu coupable d’avoir aider à dissimuler les corps des victimes dans les bois qu’il inspectait est la mort par pendaison. Le châtiment pour Lord Lacius reconnu coupable d’avoir payer les services de Lord Romel et Dame Klaria afin qu’ils lui fournissent de très jeunes filles , de les avoir violées et torturées est la mort par décapitation. Le châtiment pour le ssi’an Yueïh ainsi que pour son maître, Lord Romel, coupable d’avoir enlevé et vendu ces jeunes filles au plus offrant, d’avoir organisé des orgies sadiques au cours desquelles plusieurs on trouvé la mort dans des circonstances infâmes, et de les avoir exécutées quand, je cite les mots qu’il a lui même prononcé lors de ses interrogatoires: «elles étaient trop abîmées pour être encore utilisées», pour avoir comploté contre l’Empire et avoir fourni le poison pour assassiner la Grande Prêtresse Lyria, le châtiment est l’écorchement à vif de ses chairs, jusqu’à ce que mort s’en suive. Quant à son ssi’an, pour avoir apporté le poison en toute connaissance de cause à Dame Lyria, n’avoir pas prévenu les autorités des activités illicites de son maître, l’avoir aidé à dissimuler les corps, il devra subir le même sort que son maître, selon la loi. Quant à Dame Klaria, et selon les ordres de la Grande Prêtresse, elle sera emmurée vivante dans les sous sols du Sanctuaire d’Artiac.»

L’énoncé des sentences avait jeté un froid dans l’assistance. Sur l’estrade, seul Lord Romel et Dame Klaria étaient encore debout, indifférents aux mots prononcés par l’Empereur, lançant des regards de mépris à la foule qui les entourait . Lord Mael et Lord Lacius s’étaient mis à genoux pour supplier l’Empereur d’alléger leur sentence, quant à Yueïh, il semblait avoir été foudroyé sur place. L’Empereur fit signe un signe de la tête et les bourreaux s’avancèrent sur l’estrade. Lord Mael dont le crime était le moindre parmi les cinq accusés fût conduit devant la potence qui avait été dressée pendant la lecture de l’acte d’exécution.

Comme la loi l’exigeait, Lord Mael appela une grâce, espérant qu’au moins deux personnes dans la foule auraient pitié de lui et demanderaient à changer son exécution en travaux forcé. Mais personne ne prit la parole et Lord Mael fût pendu. Le craquement des os de son cou quand la trappe s’ouvrit et que la corde arrêta sa course sembla résonner un long moment dans la cours. La mort avait été rapide et presque indolore. Suivi ensuite Lord Lacius qui lui aussi, mais sans grand espoir appela à une grâce. Tout comme pour Lord Mael la foule se tût, murée dans un silence hostile. D’un geste leste, le bourreau leva son épée et l’abattis sur lui avec une précision qui m’horrifia. Je fus pris de hauts le coeur en voyant sa tête rouler sur le sol et son corps tomber, peu après, mais Lord Merrick ne broncha pas, resserrant simplement sa pression sur mon corps pour que je me contrôle. Si il n’avait pas été là, je crois que j’aurais vomis tout ce que mon estomac contenait.

Vint le tour de Yueïh. Il fût traîné, à demi conscient sur la table qui devait être utilisée pour son exécution. Il était incapable de prononcer un mot, terrifié par ce qui l’attendait. Une mort lente, douloureuse et, si le bourreau était doué cela pouvait durer des heures. C’est alors qu’un cri perça la foule et le temps paru se figer un instant.

«Grâce ! » La voix m’était familière mais il me fallu quelques secondes avant de me rendre compte qu’elle provenait de ma gauche. «J’appelle à la Grâce pour ce ssi’an !» Haru s’était redressé de toute sa petite taille et parlait d’une voix forte, sans l’ombre d’une hésitation. «Empereur, bien que je réprouve entièrement ce qu’il a fait, il l’a fait sous la contrainte de son maître. Quel choix avait-il ? Obéir sans un mot ou mourir sous les coups de son maître ? Si on vous donnait ce choix et malgré la plus haute conscience morale que vous puissiez avoir, que choisiriez vous ? Un ssi’an est élevé pour obéir sans faillir à son maître, et bien qu’il doive loyauté absolu à l’Empereur, l’ombre de son maître plane en permanence sur lui brouillant ses sens sur ce qui est juste ou non ! Il n’est à l’initiative de rien dans ces crimes et n’a fait qu’obéir comme on le lui a toujours appris. Pour cette raison, je demande grâce pour sa vie.»

Un murmure parcouru la foule, à la fois choquée, surprise et perplexe quant aux paroles du jeune homme.

L’Empereur toussota et d’un geste de la main demanda le silence. «Une grâce a été demandé. Selon nos lois, il lui faudrait le soutient d’une autre voix pour racheter sa vie…» Mais personne ne répondit à cet appel et seul les gémissements étouffé du futur supplicié étaient audibles.

«Bien … Une grâce à été demandé mais elle n’a pas été soutenue. Selon nos loi, le châtiment initial doit être appliqué, mais reconsidérant tes paroles pleines d’un étonnant bon sens, jeune Haru, j’accorde un allègement au châtiment. Sa mort sera rapide.»

Yueïh fixait avec espoir son sauveur mais lorsqu’il comprit que personne d’autre ne prendrait sa défense il accepta son sort et paru soudain apaisé, le regard plongé dans les yeux bleus océan du ssi’an qui avait osé braver la foule en colère pour sauver sa vie. Malgré la distance qui les séparait, il avait plongé corps et âme dans cette mer bleue et calme et c’est, toujours le regard fixé sur Haru qu’il mourut, un léger sourire aux lèvres. On a dit par la suite qu’on l’avait entendu prononcer ces derniers mots «Merci, j’ai enfin trouvé la paix» mais personne ne peut en être vraiment sûr.

Je ne me souviens plus vraiment de ce qui se passa par la suite, je n’ai qu’un vague souvenir de la mort de Lord Romel, de ses hurlements et ses insultes, je ne me souviens pas non plus des paroles prononcées par Dame Klaria quand elle fût emmenée par les gardiennes du sanctuaires, mais cette journée resta gravée dans la mémoire des Garians et on parla encore longtemps des Ogres d’Artiac. Non, de ce jour là, tout ce dont je me souviens clairement, ce sont des yeux bleus d’Haru et de l’arc en ciel que j’y ai vu briller alors que ses larmes coulaient sur son visage.

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