Livre II – Haru – Saderna sous les eaux

LT: Haru – 17

La sonnerie du téléphone déchira le silence de la nuit. Le bruit ne voulait pas cesser et Eiyas dû se résoudre à se lever. Avec précaution il sorti du lit, faisant le moins de bruit possible pour ne pas déranger son maitre. Malgré tout le raffut que pouvait faire ce maudit téléphone, Lord Silmar était profondément endormi et il aurait fallu bien plus pour le réveiller.

Après avoir allumé la lampe du couloir Eiyas se dirigea d’un pas trainant vers le poste qui se situait dans le séjour. Il décrocha le combiné avec agacement espérant que son interlocuteur aurait une bonne excuse pour appeler à une heure aussi indue. «Résidence de Lord Silmar Telser’Xyl, Eiyas à l’appareil… Parlez plus fort je vous prie, la ligne est mauvaise.»

Silmar roula sur le côté, dérangé par un soudain courant d’air venant de la porte ouverte de la chambre. Il chercha la chaleur du corps de son ss’ian, mais son bras ne rencontra que les draps vides, encore tièdes. Cette absence l’alerta et il leva la tête à sa recherche, plissant les paupières, ébloui par la lumière provenant du couloir. «Eiyas ?» Intrigué, il se leva à son tour et enfila sa robe de chambre.

«Non, je ne peux pas déranger mon maitre au beau milieu de la nuit ! N’insistez pas !» Eiyas était sur le point de raccrocher quand il vit Silmar approcher. Il posa sa main sur le hautparleur et lui murmura. «Un certain Ial’ka ou Xiakan, je ne sais pas qui insiste pour vous parler. La ligne est vraiment mauvaise et je ne comprends rien à ce qu’il dit.»

«Xial’Khan ?!» Silmar arracha l’appareil des mains d’Eiyas et le repoussa hors du séjour sans ménagement, maintenant parfaitement réveillé. «Xi ? Xia c’est toi ? Je t’entends très mal !»

«Sil .. ai..soin… aide … perdu … plus rien … Sil…» La voix à l’autre bout du fil était faible et angoissé, mais Silmar l’aurait reconnue entre toute et malgré les parasites qui brouillaient la communication il comprit immédiatement qu’il avait besoin de lui.

«Attends, où es-tu ? J’arrive … Je viens te chercher..» Il n’avait pas revu Xial’Khan depuis des années. A dire vrai personne de son entourage ne l’avait revu depuis la fin de leurs études mais il gardait une profonde loyauté envers son ancien camarade de chambre à l’Académie de Delm et serait prêt à tout pour l’aider. «Xi, peux-tu m’envoyer ta position ?» Seuls les grésillements de la ligne lui répondirent. «Xi !» Insista-t-il. «Si tu ne m’envoies pas ta position dans la seconde, dès que je te retrouve, je te botte les fesses jusqu’à t’envoyer sur Minerva !» Quelques secondes s’écoulèrent encore avant qu’une diode de l’appareil ne s’allume. Silmar appuya prestement sur le bouton, faisant apparaître un écran avec toutes les données géographiques de l’endroit où se trouvait son ami. «Nom de … Saderna…». Avant qu’il n’eut pu ajouter quoique ce soit, la communication fût soudainement coupée.

Quelques jours auparavant, le grand barrage de Saderna, dans les Terres de l’Ouest avait cédé, engloutissant une grande partie de la ville et des alentours. Les eaux furieuses avaient tout dévastées sur leur passage, ne laissant qu’un paysage de boue et de mort. D’après les informations, il n’y avait que peu de survivants dans les zones inondées tant la violence des eaux avait été forte. Les images de la catastrophe commençaient à arriver jusqu’à la capitale ne montrant  qu’horreur et la désolation. Silmar frissonna pensant aux survivants, entassés dans les quelques grandes structures qui restaient encore debout, traumatisés et parfois blessés.  De partout de bénévoles affluaient pour se mettre au service des unités de secours et se rendre utile. Lui aussi avait voulu s’y rendre, mais en raison de son rôle majeur au cœur du plus important projet de recherche de l’Empire, il n’avait pas été autorisé à aller sur place alors que beaucoup d’autres de ses collègues médecins s’y étaient rendus. Mais là, c’était différent, un ami avait besoin de lui et rien ne pourrait l’empêcher d’aller se porter à son secours. «Eiyas ! Prépare mon sac d’urgence, je vais à Saderna !»

***

Une semaine passa. Eiyas avait eu quelques nouvelles de son maitre, mais cela ne l’empêcha pas d’être inquiet. Il était parti si précipitamment, cela ne lui ressemblait pas. Tout du moins, cela ne ressemblait pas au Lord Silmar qu’il connaissait, mais Dante lui n’avait pas été étonné outre mesure de cette décision de partir à Saderna, bien qu’il aurait préféré que Silmar le prévienne avant de se rendre sur place. Le jeune homme comptait les heures, désœuvré dans cet appartement vide et surtout mort d’inquiétude. Alors qu’il relisait pour la cinquième fois la même page de son livre, la porte de l’entrée s’ouvrit et le ssi’an bondit à la rencontre de son maitre, se jetant dans ses bras sans se soucier de son aspect sale et fatigué. Il se serra contre lui, essayant de retenir ses larmes, soulagé qu’il ne lui soit rien arrivé. Les dernières nouvelles de Saderna étaient tellement alarmantes depuis que les rebelles avaient pris le contrôle de certaines zones qu’Eiyas avait craint de ne jamais revoir Silmar.

«Tout doux, Eiyas.» Sa voix était las mais il passa ses bras autour du garçon et lui caressa le dos, d’un air apaisant. « Excuse-moi d’être parti si longtemps et comme ça, mais il le fallait.» Il le repoussa en douceur et fit signe en direction de l’homme qui se tenait à la porte. Si Lord Silmar avait l’air épuisé, le nouvel arrivant lui semblait au bord de l’évanouissement. Son visage était pâle, tendu et ses yeux en amande trahissaient une profonde angoisse que rien ne pourrait calmer. Il tenait dans ses bras quelque chose enroulé dans une couverture et s’y accrochait comme un naufragé à une planche de bois.

«Entre Xi,entre.» Silmar posa sa main sur son épaule et le dirigea en douceur vers le salon où il le fit asseoir. «Eiyas, va préparer du café et quelque chose à manger pour nos hôtes.»

«Nos ?» Eiyas regarda en direction de la porte, cherchant un autre invité mais il n’y avait personne. Sans poser plus de questions il se pressa vers la cuisine afin de leur préparer une collation à tous les deux.

Pendant ce temps, Xial’Khan avait posé la couverture à côté de lui, découvrant le visage endormi d’un enfant. Le petit garçon ne devait pas avoir plus de six ans et dormait d’un sommeil profond. Il bougea à peine quand son père lui caressa les cheveux. «Merci Sil… sans toi…»

Silmar haussa les épaules et s’installa dans un fauteuil lui faisant face. «Sans moi rien du tout. Tu es ici chez toi, je ne veux plus entendre parler de Saderna. Tout du moins, pas avant que tu ne sois rétabli. Demain je t’amène à la clinique pour des examens plus complets et pour soigner ces vilaines plaies. Et je veux que tu passes un scanner et examiner ton coeur. Prions Eiyalden que tu n’ai pas attrapé un de ces parasites qui pullulent dans ces eaux infectes ! Et je ne veux entendre aucune objection de ta part, dussais-je t’attacher à la table d’examen pour que tu restes en place. Tes relevés sont inquiétants et maintenant que vous êtes en sécurité, toi et ton fils, il est temps de te soigner.»

L’homme face à lui ne répondit rien, hochant simplement la tête en rajustant la couverture sur son fils.
Eiyas entra avec plateau et deux tasses de café fumant, il en tendit une à Xial’Khan, posant un regard interrogateur sur lui et l’enfant endormi à ses côtés mais ne dit rien, donnant la seconde tasse à son maitre avant de s’asseoir près de lui, trop heureux de l’avoir retrouvé pour le harceler de questions.

«Eiyas, je te présente Sir Xial’Khan Adema et son fils, Xaoh. Xial’Khan, Eiyas, mon ssi’an.»

L’homme eu un faible sourire, l’air un peu absent. Il ne regardait pas vraiment Eiyas, ni qui que ce soit dans la pièce, se contentant de caresser la tête brune de son fils, sa tasse de café à la main. Il avait les traits tirés et l’épuisement autant physique que mental s’affichait sur son visage, mais il ne pouvait être totalement mis sur le compte des évènements de Saderna.
Silmar fini sa tasse et se leva. «Eiyas, va préparer la chambre d’amis pendant que je m’occupe de refaire ses pansements.»

***

Après s’être lavé et changé, Silmar le conduisit dans la chambre où Eiyas avait couché le petit garçon. Il dormait d’un sommeil profond comme seul peuvent le faire les enfants et ne se réveilla pas quand son père se pencha pour l’embrasser. Silmar ne disait mot, observant celui qui avait partagé sa chambre à l’Académie de Delm pendant tant d’années. Il avait changé. Bien sûr tout le monde change, surtout après tant d’années mais il y avait dans son regard, son attitude quelque chose d’inquiétant. Comme si toute sa joie de vivre l’avait quitté, emportée par les eaux en furies qui avaient balayées Saderna. Xial ‘Khan senti le regard de son ami sur lui et lui adressa un triste sourire avant de sortir de la pièce.

« Je te dois des explications … »

« Tu ne me dois rien du tout ! Mais si tu as envie de parler, sache que je serais toujours là pour toi. » Ils étaient retournés dans le salon et avaient pris place dans les fauteuils qu’ils occupaient quelques instants auparavant. Un long silence s’installa entre eux et bien qu’il bouillait de le questionner, Silmar resta silencieux, encourageant simplement son ami du regard.

« Tu te souviens d’Heinrich ? »

[…]

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2 Comments (+add yours?)

  1. Lycoris
    Jan 08, 2013 @ 20:34:23

    C’est vraiment très vil de t’arrêter à ce moment-là. Tu en dis trop ou pas assez.

    Reply

    • nylh
      Jan 09, 2013 @ 07:45:39

      Roooh, mais si je mettais tout d’un coup, personne n’achetera le livre le jour où il sortira, il faut savoir menager le suspens…. Et puis je suis fourbe et j’adooooooore titiller la curiosité des gens.

      Reply

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