Calico – La mort d’un dragon

Ca faisait un moment que je n’avais pas été voir du coté du Sérail … Juste un extrait du livre deux, écrit il y a plusieurs années. Il faudra probablement que je reprenne tout le cycle de Calico. Mais j’aime pouvoir me replonger dans mes vieux écrits et voir combien j’ai réussi à évoluer d’un point de vue du style, même si je sais que j’ai encore beaucoup de travail à faire dessus ( et encore celui n’est pas le plus “bancale” de mes textes )

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6ème vague

La ville-usine s’étendait à ses pieds, énorme nid de dragons, crachant de ses centaines de cheminées, pareilles à des têtes de monstres, une fumée grise et nauséabonde. Coincée dans une cuvette elle n’avait pas trouvé la force de s’étendre au delà des collines et avait poussé vers le haut. Des immenses bâtiments, noirs de crasse écrasant de leur hauteur ses habitants. Tout en bas dans les rues, les hommes avaient pliés sous le joug de la bête. Courbés, ils se pressaient, gris et ternes aux portes des centaines d’usines de la ville. Il fallait faire vite et nourrir le dragon, avoir un rendement maximum, se dépasser encore et encore, jour après jour

Il s’avança sur la crête et regarda un des bâtiments, sa cible du jour et hocha la tête. Il était temps de se mettre au travail. Les pieds au bord du vide il sourit, sentant l’excitation monter doucement dans ses veines. Le ciel était aussi gris et lourd qu’à l’habitude mais ce serait pour lui ça serait une journée brillante. Sans prendre d’élan il sauta de la falaise. Une chute de trente mètres. Pour les gens d’en bas il n’était qu’un autre pauvre hère, incapable de supporter la pression de la vie. La Falaise aux Suicidés était connue pour être l’endroit le plus meurtrier de la ville. Mais lui n’avait pas l’intention de mourir. Il tira la poignée située sur son épaule et déploya ses ailes.

Il plana quelques instants au dessus de la ville, enivré de cette sensation de liberté. Mais le temps n’était pas à ce genre de plaisir et il se concentra pour l’atterrissage, sur le toit de l’immeuble. Il jeta un coup d’œil dédaigneux aux alentours et se défit de son paquetage. Elle l’avait suivi dans un de ces petit engins flottants qu’elle affectionnait. Plus pratique pour transporter le matériel. Elle se posa et commença à se préparer. Il se dirigea vers la porte du toit et l’ouvrir. Personne n’était au courant, la voie était libre. Il lui fit signe de se dépêcher et entra.

L’odeur était âpre, un mélange de sueur, d’huile et de métal chaud. En bas de la passerelle qui surplombait la salle principale, la chaîne de production tournait à plein régime. Les hommes courraient, pressés par les ordre des contremaîtres hurlant des directives confuses. La tension faisait vibrer l’air. Ils savaient que leur unité n’avait pas eu un très bon rendement ces derniers temps et qu’avec une des deux chaînes en panne ils risquaient gros.

Manette gauche, bouton droit, manette gauche, bouton droit, manette gauche, levier gauche, manette gauche, bouton droit… Oren effectuait mécaniquement ces gestes, un mouchoir sur le visage pour éviter de respirer les gaz émanant du four derrière lui. Ses yeux allaient des manettes au tapis roulant puis vers Syllah qui peinait de plus en plus à actionner les bras mécaniques rouillés, tels deux gros serpents malveillant doués d’une intelligence propre. Le mouchoir qu’il portait sur le visage était gris taché de rouge. Il avait encore toussé toute la nuit et avait été roué de coups par les hommes du dortoir pour qu’il se taise. Oren savait que bientôt ça serait la fin. Malgré ses efforts Syllah avait toujours eu une constitution fragile et le travail aux usines n’arrangeait pas les choses. Pourtant il n’avait pas le choix, travailler ou mourir de faim dans les sous-sols. Ses cheveux avaient blanchis sous l’effort et sa peau paraissait transparente sous la crasse. Oren se surprit à penser qu’il était beau ainsi. Mais il chassa bien vite ces pensées, la beauté était du domaine des puissants. Manette gauche, bouton droit, manette gauche, plus vite, toujours plus vite. Les contremaîtres étaient comme fous, harcelant les plus lents de leur longues cannes.

Syllah avait été pris à parti avec l’un des superviseur, un homme d’une stupidité crasse mais dont la force lui avait fait grimper les échelons de la hiérarchie. Ici régnait la terreur et la loi du plus fort. Il tira violemment le jeune garçon en arrière et Syllah se retrouva pas terre, s’étranglant à demi dans une quinte de toux. Un autre homme pris sa place aux bras mécaniques pendant que la brute passait Syllah à tabac pour ne pas aller plus vite et prétendre la maladie. Les faibles n’ont pas leur place dans son unité hurlait-il.

Du haut de la passerelle Il regardait le spectacle, enfant tiré de la chaîne de production et roué de coups, un autre sortant du rang pour se porter à son secours. Il s’étonna de cette solidarité. Dans les usines de la ville, c’était surtout du chacun pour soi. Peut être que ces deux la méritaient d’être sauvés ? Cela dépendrait d’eux. Elle arriva et lui tendit un boîtier de commande tandis qu’elle armait son canon. Il pressa le bouton et l’alarme de l’usine sonna. Les portes coupe feu se refermèrent une à une bloquant tout les travailleurs dans la grande salle. Un silence de mort suivit le vacarme des portes, même les machines si bruyante semblaient retenir leur souffle. Ils savaient tous ce que cela signifiait.

Il sourit et se redressa, entamant son petit discours de présentation. Il aimait ce moment, si rare. Il avait l’habitude de travailler dans l’ombre, sans bruit, sans traces, mais dans certains cas il se permettait de travailler à la vue de tous.

« Comme vous semblez l’avoir remarqué, votre usine a été classée au bas de l’échelle de rendement ce mois-ci, vous êtes au dessous du seuil tolérable. La sentence est tombée ce matin et vos dirigeants n’ont pas l’intention de nourrir des parasites… »

Il se tut et regarda l’assistance, figée, cherchant quelque chose du regard, avant de faire son choix. Il pointa du doigt le contremaître qui s’en était pris à Syllah. Un éclair blanc jailli du canon que tenait la femme à ses cotés et la tête de l’homme explosa en une pluie de sang, avant même qu’il n’ai eu le temps de s’en rendre compte. Il i eu un flottement, un instant de stupeur avant que la panique ne s’empare de la foule. Tous se précipiterent sur les portes, tambourinant, tirant, essayant vainement de les forcer pour sortir. L’instinct de survie était à présent plus fort que la soumission.

De la tête, il désigna la foule et lui fit signe de s’en charger avant de sauter au bas de la passerelle pour se diriger vers les deux garçons qui n’avaient pas bougé de leur place.

Elle eu un rire glaciale et commença à tirer dans la foule qui se pressait à la porte principale. Ce moment là était le plus délectable. Quand l’animal prenait le dessus sur l’homme. Elle tira encore un peu depuis la passerelle et posa le canon pour descendre dans l’arène et entrer au cœur de l’action, deux longues lames accrochées à ses gants. Elle fendit l’air et atterrit au milieu de la foule paniquée, tranchant les membres avec une facilité et un sadisme immense. Plus le sang coulait plus son excitation augmentait. Certains lui résistaient, armés de barres de fer, ceux là elle les préféraient encore plus que ces moutons affolés en train de frapper la porte. Elle aimait leur donner l’impression qu’ils pouvaient avoir un ascendant sur elle, qu’ils pouvaient la battre. A ce jour, personne n’avait jamais réussi à la mettre à terre et elle entendait bien que cela dure.

Il semblait insensible au chaos ambiant. En sautant de la passerelle il avait soulevé un nuage de poussière et s’était relevé en s’époussetant, l’air de rien. Il poussa un corps du pied, la femme à terre eut un râle de douleur. Pris d’une certaine pitié il écrasa son talon sur sa tempe mettant définitivement fin à ses souffrances. Il s’en écarta sans un regard et marcha vers les deux jeunes gens qu’il avait repéré de là haut. Ils étaient allongés sur le sol, celui qui était venu au secours du plus jeune le couvrait de son corps tremblant, une protection bien dérisoire. Il s’agenouilla devant eux et sourit.

« Se rebeller contre un contremaître est une action bien courageuse mais vraiment stupide …. »

Oren sursauta au son de sa voix, douce mais sévère. Il serra Syllah un peu plus fort et leva la tête d’un air de défi. « J’ai au moins le mérite de me battre à armes égales avec mes pairs plutôt que de lâcher une furie armée sur eux ! »

Il rit et regarda le jeune homme qui osait élever sa voix malgré l’horreur ambiante. « Je ne leur donne que la chance de faire leur preuves et de mourir en combattant, peu importe l’arme du bourreau tant que la victime se défend pour sauver sa peau. Tu devrais le comprendre toi qui ose me défier sans que je ne vois la peur dans tes yeux. Compte-t-il tellement pour toi que tu donnerais ta vie pour la sienne ? »

Il avança sa main pour toucher les cheveux de Syllah qui gisait inconscient à terre, quand Oren la repoussa violemment. « Ne le touchez pas, monstre ! »

« Alors la réponse est oui…. Garde tes forces je reviens m’occuper de toi. »

Il se releva prestement et se tourna vers l’homme qu’il avait entendu courir vers lui dans une espoir désespérer d’abattre son bourreau. Sans gestes brusque il tendit son bras et fit quelques mouvements avec ses doigts. L’homme s’arrêta net, les yeux écarquillés d’horreur. La barre en fer qu’il tenait levée au dessus de sa tête se mit à bouillonner et à fondre, coulant sur ses membres nus brûlant sa chair jusqu’à l’os. Il hurlait de douleur mais son corps refusait de répondre. Son sang formait des flaques sur le sol crasseux et Il passa sa langue sur ses dents blanches, que l’odeur pouvait lui sembler agréable, écœurante et douceâtre. Il bougea encore les doigts et l’homme s’éleva à quelques centimètres au dessus du sol avant de se tordre en arrière de façon inhumaine, il y eu un bruit d’os brisé et une large tache rougeâtre couvrit son vêtement. Il retomba sur le sol, les yeux vitreux mais respirant toujours. Il eu une petite moue dépitée et s’avança à lui. Il n’aimait pas rater une mort, cette homme venait de gâcher son plaisir, il devait le payer. Il sorti une longue tige de fer pointue de sous sa veste et la lui planta dans les yeux, tournant avec force pour finalement clouer sa tête au sol. L’unité de nettoyage qui passerait pour ramasser les corps aurait du mal à le retirer mais tant pis.

De son coté elle avait déjà presque anéanti la totalité des travailleurs de l’usine. Elle était couverte de sang qui commençait à sécher par endroit mais cela ne la dérangeait pas. Les personnes encore vivantes ne l’intéressait plus, ils étaient tous recroquevillés sur le sol, pleurant de peur et priant un dieu qui ne viendrait pas les aider. Le plaisir s’était transformé en corvée, les faibles et les pleurnichards l’ennuyait fortement mais elle devait finir ce qu’elle avait commencer. En se tournant pour regarder ce qu’Il faisait elle repéra ces deux jeunes allongés par terre, indemnes. Ils seraient les derniers de sa liste et elle allait en profiter pour les torturer un peu, Il lui devait bien ça. Elle souleva une femme par le col et lui enfonça sa lame dans le ventre, la transperçant de part et d’autre puis la rejeta sur le tas de corps démembrés qui s’était formé près d’elle. Plus que le morveux en train de pleurer sur le corps de sa mère et elle aurait fini de désinfecter l’usine de ses parasites pensa-t-elle. Elle s’agenouilla près de l’enfant, il ne devait pas avoir plus de six ans à première vue. Il était joli comme tout malgré la saleté et le sang qui le recouvrait. Elle avança sa main et lui caressa la joue presque tendrement.

« Ne pleure pas petit, les larmes sont pour les faibles. Tu vas la rejoindre ta maman, je vais y veiller personnellement… »

Elle leva le bras et abattis sa lame sur le cou de l’enfant. Il la regarda surpris et toucha doucement la marque qu’elle lui avait faite, sa tête bascula soudainement en arrière et roula sur le sol, conservant cette expression d’incrédulité. Elle attrapa la petite tête avant qu’elle ne roule plus loin et lui déposa un baiser sur la joue.

« J’ai tenu ma promesse, tu es avec ta maman maintenant … » Elle posa la tête de l’enfant sur la poitrine de la femme qu’il tenait il y a encore quelques instant contre lui et se leva. Le silence régnait à nouveau dans l’usine. Plus de cris, plus de râles ni de respirations saccadées. Juste le silence et deux étincelles de vie collées l’une à l’autre au centre de la grande salle. Elle marcha vers eux, essuyant ses lames sur une tunique arrachée à une de ses victimes.

l s’interposa entre elle et eux.« Non, ceux là sont pour moi. »

« J’ai fait tout le travail ! J’ai bien mérité une récompense ! Laissez les moi ! »

« Cette tuerie n’était-elle pas une assez belle récompense. Je t’ai laissé les tuer tous à toi toute seule, plus de cents âmes et tu en demandes encore ? J’aurais pu les tuer tous sans que tu n’ai à lever le petit doigt alors estimes toi heureuse et va vérifier les pièces du fond… Peut être trouveras-tu une dernière chose à torturer … »

Elle grogna et glissa un regard avide vers les deux jeunes gens avant de partir inspecter les deux petites salles attenantes. Ce n’était que partie remise. Elle trouverait bien un moyen de lui faire changer d’avis.

Il revint vers eux et les fit se lever. Syllah avait repris ses esprits mais restait prostré, incapable de comprendre le chaos qui régnait autour de lui. Oren lui non plus ne comprenait pas son attitude. Il aurait du les tuer pourtant il n’avait pas l’air de vouloir le faire. Oren se souvint alors des légendes qui circulait sur les Nettoyeurs, ces personnes chargées de nettoyer les usines qui n’avait pas eut un rendement satisfaisant pour les Puissants. Personne n’avait jamais vu leur visages, toujours masqués. Personne ne savait combien ils étaient exactement et tout le monde soupçonnait tout le monde. Les gens avaient peur et quand les camions des unités de nettoyage se garaient devant les portes d’une des usines de la ville, ils savaient tous qu’ils auraient au moins un amis ou un membre de leur famille à pleurer le soir. Oren se surpris à penser que les nettoyeurs n’étaient pas si terribles que ça, ce n’était que des hommes assignés à la tache ingrate de nettoyer les lieux et incinérer les cadavres. Le vrai danger venait de ces deux êtres étranges. Cette femme, pire qu’un furie des légendes qui circulent dans la ville, capable de tuer un homme de sang froid et lui, calme et détaché du monde donc le seul regard pouvait voler la vie. Des deux il ne savait qui craindre le plus.

Syllah oscillait d’avant un arrière, au bord de l’évanouissement, tout était si étrange, la fièvre n’arrangeait pas les choses. L’odeur aussi, cette odeur qu’il n’arrivait pas à déterminer et ce calme, presque irréel, seul quelques cliquetis de machines mais rien d’autre. Soudain les portes de l’usine s’ouvrirent et la lumière des phares des camions des nettoyeurs illuminèrent la salle. Des dizaines d’hommes en combinaisons noires arrivèrent, lances flamme à la main. L’un d’eux vint saluer l’Homme qui se tenait en face d’eux et fit signe à ses comagnons de se saisir d’Oren et Syllah. Aucun survivant ne devait réapparaître dans la ville.

Il leva la main et aboya un ordre que Syllah ne comprit pas. Aussitôt les nettoyeurs les lâchèrent et repartirent brûler les corps et nettoyer les traces. Syllah se senti tomber mais deux bras puissant le retinrent. On le soulevait avec douceur. Il le prit dans ses bras se le cala contre lui. Syllah cligna des yeux, sa vue se brouillait mais il se sentait apaisé. La fatigue prit le pas sur la peur et il s’endormi presque immédiatement dans ses bras, lové contre son torse puissant.

« Toi ! » Il regarda Oren et lui fit un signe de la tête. « Tu peux marcher ? Suit moi si tu veux vivre. »

Oren déglutit avec difficulté. « Que .. qu’allez vous faire de nous ? De Syllah ? »

« Syllah … c’est joli … Et toi ? Quel est ton nom ? »

« Oren … je vous en prie seigneur, ne faites pas de mal à Syllah. »

« Cela dépendra de vous deux. Je vous épargne mais votre vie m’appartient à présent. Reste moi fidèle et tu vivras longtemps… Trahi moi et la mort ne sera qu’une douce délivrance. » Il se tourna et siffla quelques notes. Elle apparu alors au fond de la salle et courut à l’entrée. Il marcha doucement, pour ne pas réveiller le précieux fardeaux qu’il portait dans les bras. Elle avança le véhicule mis à leur disposition par les nettoyeurs juste devant la porte et il s’installa à l’intérieur, Oren à ses cotés.

Le véhicule démarra et s’éloigna lentement de l’usine A-712. Oren se tourna pour regarder une dernière fois ce lieu qui avait été son univers ces onze dernières années. Les camions des nettoyeurs avaient disparut et déjà une nouvelle équipe arrivait, tête basse pour prendre la relève.

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