Livre II – Haru – La gare d’Esmera

An 3

(chapitre en cours de rédaction)

 

Le jour se commençait à décliner, et par la fenêtre de leur compartiment, Haru pouvait voir les rayons du soleil disparaître peu à peu, donnant aux paysages qui défilaient sous ses yeux, des couleurs teintées de gris, emplies d’ombres inquiétantes. Il était installé sur les genoux de Dante, la joue sur son torse, et regardait dehors d’un air maussade, indifférent à tout ceux qui l’entourait. Ils n’étaient que trois dans ce compartiment, mais c’est comme si le vide l’avait envahi et le regard perdu au loin, il surveillait ces ombres qui s’allongeaient de plus en plus vers lui, telles de fantomatiques silhouettes aux bras avides, prêtes à l’emporter avec elles dans ce pays d’ombres qui le terrifiait depuis toujours. Le petit garçon frissonna à cette pensée fugace et se cala plus confortablement contre Dante, cherchant à se rassurer à son contact, mais rien n’y faisait et la peur commença peu à peu à l’envahir.

 

 

Askeli, lui somnolait contre l’épaule de son maitre, les longs voyages en train l’épuisaient et il espérait qu’ils arriveraient bientôt à la gare Nemest, là où Lord Jinas, le père de Dante devait les attendre. Il connaissait un peu la ville pour y avoir séjourné quelques rares fois, mais jamais sans son maitre. Il était un peu triste à l’idée de cette si longue absence, ne sachant pas combien de temps ils seraient séparés. Mais Dante avait des devoirs à remplir et ils passaient avant tout. Sous l’insistance des gouverneurs des Terres de l’Est, avait dû organiser ce déplacement, loin de la capitale et de ses obligations habituelles. Les troubles étaient de plus en plus fréquents dans cette région éloignée du cœur de l’Empire, les factions rebelles faisaient régner une certaine tension dans les villages en périphérie des collines de Jir et il y avait déjà eu plusieurs raids sanglants. Des troupes avaient été envoyées pour maintenir l’ordre et protéger les populations civiles et surtout le grand Sanctuaire de Jirbraga, qui avait été la cible principale de ces attaques. Le calme était revenu, mais la peur était toujours là. Deux chefs rebelles avaient été arrêtés ainsi que plusieurs combattants. Leur procès devait avoir lieu dans les jours qui suivent et il fallait donc que l’un des membres les plus éminents de l’Empire aille sur place pour rassurer la population et par la même montre la volonté indéfectible de l’Empire à annihiler la Rébellion. Ne voulant pas laisser ses ssi’ans seuls pendant son absence, Dante avait organisé son voyage de façon à pouvoir les déposer chez son père, dans la petite ville de Nemest. Ce procès allait faire grand bruit et il craignait quelques représailles. Là bas, il les saurait en sécurité et pourrait se concentrer sur son travail.

 

 

Pour la troisième fois depuis le départ, Dante retira doucement le pouce de Haru de sa bouche, le grondant à voix basse. Le petit garçon n’avait pas perdu cette habitude qui agaçait Dante. Il lui semblait même que depuis qu’il avait annoncé ce voyage, Haru s’était remis à sucer son pouce de plus belle. Dante le savait inquiet mais il refusait de laisser passer ça. Tout occupé qu’il était, il sursauta en entendant la voix d’un des membres de l’équipe qui l’accompagnait.

 

 

«Lord Dante? Nous arrivons à Nemest.» Sosek, l’un des garde personnel du premier conseiller impérial avait fait glisser la porte du wagon en silence, afin de ne pas déranger le sommeil de ses occupants. Voyant que personne ne dormait, il éleva un peu la voix. « Le train doit faire une halte d’un quart d’heure, vous pourrez en profiter pour descendre avec eux…»

 

 

«C’était bien mon intention… mais merci. Tu peux dire aux autres qu’ils peuvent descendre eux aussi si ils veulent se dégourdir les jambes. Il nous reste encore plusieurs heures de trajet avant d’arriver à la gare d’Esmera. » Dante fit signe à Sosek qu’il pouvait disposer et secoua doucement Askeli pour qu’il se lève et rajuste ses habits, froissés par le voyage. Au moment de lui confier Haru, ce dernier se mit à pleurnicher, refusant de lâcher la tunique de Dante à laquelle il s’agrippait. Le petit garçon ne voulait pas le quitter et ses pleurs s’accrurent à mesure que Dante essayait de le reposer sur son siège. Aidé d’Askeli, ils eurent beau le cajoler, le gronder, il refusait de lâcher prise et enfouit son petit visage plein de larmes dans le cou de son maître, comme si il cherchait sa chaleur et sa protection.

 

 

Soucieux de cette soudaine crise, plus forte et inquiétante que pour un simple caprice, Dante céda et rajusta la position d’Haru contre lui, le berçant un peu pour qu’il se calme. Quelque chose n’allait pas avec l’enfant. Dante le sentait. Il lui caressait le dos et murmurait des paroles apaisantes, mais lui-même n’y croyait pas. C’était comme un pressentiment et sa blessure à l’épaule commença à l’élancer. Tout en essayant de conserver son équilibre dans le petit compartiment privé qui lui avait été réservé, alors que le train ralentissait de plus en plus pour faire son entrée en gare, il fit signe à Askeli de passer devant lui. Par dessus le vacarme des roues, on entendait les hurlements du jeune azurian, si bien que plusieurs personnes passèrent dans le couloir pour s’informer de ce bruit. Le regard glacial du premier conseiller impérial alors qu’il sortait de son compartiment les fit rebrousser chemin sans plus de questions.

 

 

Le train s’arrêta enfin sur le quai de la gare et Askeli parti en avant, tandis que Dante, toujours en train d’essayer de calmer Haru, donnait quelques instructions à ses gardes. Le ssi’an sauta au bas du marche pied, jetant un regard alentour à la recherche de Lord Jinas, le père de son maître. Le quai, à cette heure avancée était vide, à part le chef de gare et les quelques voyageurs qui descendaient des wagons pour s’engouffrer dans le hall, à la recherche de la chaleur qu’ils venaient de quitter en sortant du train. L’air ici était humide et froid, il avait dû pleuvoir un peu plus tôt pensa-le jeune homme et il bailla, essayant à grand peine de garder les yeux ouverts, regrettant de n’avoir pas pris une veste chaude. Il avait oublié combien les nuits étaient fraîches hors de la grande ville et il ne savait pas combien de temps ils auraient à attendre le père de Lord Dante.

 

 

C’est alors qu’une main se posa sur son épaule, lui faisant échapper un petit cri de surprise. Lord Jinas était apparu comme par enchantement à ses côtés et lui tapotait l’épaule d’un air amical. « Je crois qu’il ne faudra pas trop traîner pour rentrer à la maison, tu as l’air de dormir debout, mon pauvre petit. » Tout en lui parlant, il avait pris son sac de voyage des mains du ssi’an et le poussa plus vers l’intérieur du quai, rajustant d’un geste paternel, le simple châle qu’il portait sur ses épaules. «Ah les ssi’ans…ça veut être coquet mais ça n’a aucun sens pratique. Tu vas attraper la mort avec juste ce bout de tissu sur le dos. C’est Haru que j’entends hurler comme ça ?» La réponse ne se fit pas attendre, alors que Dante descendait à son tour du wagon, le petit garçon toujours agrippé à lui. Il était écarlate et n’avait cessé de pleurer. «Et bien Dicha .. Qu’est ce qui lui arrive à ce petit ? On a l’impression que tu as essayé de l’égorger !» Jinas se mordit la joue pour ne pas rire devant le visage totalement affolé de son fils.

 

 

«Si je le savais … Ça lui a pris d’un coup, il était un peu maussade durant le trajet, mais là.. je ne sais pas … je crois qu’il a de la fièvre.» Dante était de plus en plus désemparé. Il ne savait que faire, incapable de calmer l’être qu’il chérissait le plus au monde, ses devoirs envers l’Empire devaient passer avant tout et il ne pouvait pas retarder son voyage. Il lui était pourtant tout aussi impossible de repartir en laissant Haru dans cet état.

 

 

« Laisse-moi voir ça, tu veux ? Tu n’as jamais su t’y prendre avec les enfants… » Jinas posa le sac d’Askeli sur le sol et s’approcha du petit garçon. Il repoussa ses cheveux de son visage, collés par la sueur et posa délicatement la main sur son front. Il fronça les sourcils à mesure qu’il examinait Haru et poussa un soupir. « Il est brûlant, en effet. Tu es sûr que tu veux repartir de suite ? Tu peux rester à la maison cette nuit.»

 

 

« Le voyage est encore long jusqu’à Jirbraga. De plus, nous avons réservé l’hôtel pour Esmera, et puis il n’y a pas la place pour mon équipe chez toi… » Tout en parlant Dante avait réussi à décrocher la main d’Haru de son vêtement, mais la gardait dans la sienne en la regardant, indécis.

 

 

« Si ça n’est qu’une question de place, je connais une très bonne pension à quelques pas de la gare, tu peux y loger toute ton équipe. Nous sommes à la saison basse et Dame Oumane sera ravie de s’occuper d’eux. Tu ferais mieux de rester avec lui, au moins jusqu’à demain matin. Vous prendrez le premier train pour Esmera et de là, votre correspondance pour Jirbraga. Cela n’affectera pas votre heure d’arrivée là bas. » Devant le silence de son fils, Jinas fit signe à Sosek et Ariath qui étaient descendus sur le quai pour sécuriser la zone. « Descendez vos valises et dites à l’équipe de Dich… De Lord Dante de faire de même avec les leurs, vous restez ici pour la nuit. »

 

 

Les deux hommes se regardèrent, interloqués, mais un hochement de tête du premier conseiller impérial eu raison de leur réticence et Ariath remonta dans le train pour donner ces nouvelles instructions tandis que Sosek partait au devant, afin de veiller à la sécurité de Lord Dante et ses ssi’ans.

 

 

Bien qu’il y ait encore beaucoup de tensions entre les deux hommes, Dante lui était reconnaissant de prendre les choses en main. Il resserra son bras autour des épaules d’Haru et le berça doucement, lui assurant que tout irait mieux demain. Le garçonnet, épuisé par ses propres larmes se cramponna à nouveau à la tunique de son maitre. Les sanglots avaient été remplacés par des gémissement et il commençait à trembler de froid et de fatigue. Askeli fit un geste pour retirer son châle, mais Jinas l’en empêcha. « Allons, nous avons déjà un malade sur les bras, tu n’es pas raisonnable mon garçon. » Askeli ne voulu rien entendre et retira malgré tout son châle léger et emmitoufla tant bien que mal le petit garçon, alors qu’il continuait à s’accrocher à Dante.

 

 

« Et têtu avec ça … Ah, tu es bien le ssi’an de Dicha, va.. » Jinas tapota la tête d’Askeli et d’un geste ôta son manteau pour le poser sur les épaules du ssi’an. « Mais je peux l’être tout autant. Allez, prends tes affaires, Dicha, je m’occupe de tes gens, pars en avant, je te rejoindrais. »

 

 

« Père, j’ai besoin de vos clés. » Dante était revenu soudain sur ses pas en réalisant son oubli.

 

 

« Ne t’inquiète pas, j’ai une invitée, elle t’ouvrira. » Sans plus de précision, Jinas se détourna, non sans un petit sourire énigmatique que Dante ne connaissait que trop bien, pour s’occuper du reste de l’équipe de Dante qui semblaient quelque peu désorientés et encore engourdis de sommeil.

 

 

« Elle ? » Mais Dante n’eut pas de réponse et il soupira en maudissant intérieurement cet homme qu’il adorait et haïssait tout à la fois, se demandant quel traquenard il avait encore imaginé. Jinas était quelqu’un, en apparence calme et posé, mais il se montrer très fantasque dans le cadre privé, affectionnant les effets de surprise. Qui pouvait bien être cette mystérieuse intruse qui était venu rendre visite à son père ? Incapable d’y trouver une réponse, Dante prit tant bien que mal ses valises et celles d’Askeli et s’éloigna du quai pour se rendre dans le domaine horticole appartenant à ses parents et où il avait passé une partie de ses vacances, étant enfant.

 

 

Lord Jinas avait regroupé l’équipe de Dante pour leur expliquer ce soudain changement de programme ce qui mit Olden, le secrétaire détaché à cette mission, hors de lui. «  On ne peut perdre un temps précieux pour les caprice d’un gamin ! On nous attends à Esmera ! Tout y a été organisé pour notre sécurité et celle du premier conseiller de l’Empire et voilà qu’on nous balance sur un quai en pleine campagne ! Ah mais ça ne se passera pas comme ça ! Je vais tout de suite réquisionner un véhicule pour que nous puissions continuer notre route et.. »

 

 

« Sans Dante ? » l’interrompit Lord Jinas, un demi sourire amusé aux lèvres. « Libre à vous mais ils vont faire une drôle de tête à Esmera si ils vous voient arriver sans lui. Alors deux solutions, soit vous y allez et vous leur expliquez que vous avez, comme vous le dites, balancé votre supérieur en rase campagne pour vous rendre à Esmera, et ce sans son accord, soit vous passez la nuit ici, à la pension de Dame Oumane et vous repartez à la première heure demain et continuez votre voyage comme si de rien était. » Il leur tourna le dos et attrapa le sac le plus proche pour le balancer sur son épaule. « Soit dit en passant, Dame Oumane est la meilleure cuisinière du pays et de chez elle vous pourrez appeler Esmera pour décommander votre hôtel, mais si vous préférez rester ici, dans le froid, mais si vous préférez rester ici… »

[…]

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2 Comments (+add yours?)

  1. aristidenix
    May 10, 2013 @ 18:35:51

    Elle me plait vraiment votre histoire …. Mais ce serai plus judicieux de commencer par le début franky … ! Je suis allé voir les bjd sur le net qui me renvoie sur des liens déviantart incroyables, c’est vraiment surprenant, merci 1000x Nylh
    Je reste impressionné par votre travail que je suivrais avec joie ….
    Bonne journée et encore bravo pour votre travail minutieux
    Ps ;
    Soyez indulgente pour les fautes d’orthographes, malheureusement ce n’est pas mon truc …merci

    Reply

    • nylh
      May 11, 2013 @ 08:11:25

      Il sera difficile de commencer par le début, en ce qui concerne Gariath, comme j’ai tendance à poster mes chapitres de manières totalement anachrononique, sinon ça serait moins drôle.
      Heureuse que cette découverte vous ouvre d’autres perspectives et puisse vous apporter une nouvelle inspiration, cela vous évitera d’étouffer, ça serait dommage 😉
      Quant à l’orthographe, tant que la syntaxe est bonne et que ça n’est pas du langage SMS ( que je suis incapable de decrypter sans y perdre un oeil ), aucun soucis, je ne suis pas infaillible non plus à ce niveau là.

      Reply

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