Livre II – La Dynastie Parezel

 La lumière du soleil couchant donnait au ciel des reflets d’or, mêlé de cuivre. Les hautes cheminées des usines envoyaient vers le ciel leur nuages de fumée blanche, ajoutant à ce spectacle un coté spectral et irréel. Mais Lishaeth n’avait pas le temps de s’appesantir sur ce paysage familier et se hâtait au travers des longs corridors qui menaient à la salle à manger. L’endroit était un véritable labyrinthe pour qui n’y avait encore jamais mis les pieds, mais il connaissait ce chemin par cœur. Il était en retard pour le dîner et il redoutait les reproches qu’ils allaient inévitablement lui adresser.

 

Ces derniers mois n’avaient été pour lui qu’une suite d’humiliations et de désenchantement. Il avait toujours su que la vie qu’on avait tracé pour lui ne serait jamais celle qu’il avait espéré, mais il avait formé le maigre espoir de trouver quelques bon cotés à la situation. Il n’en fût rien et plus les jours passaient, plus il se sentait isolé, abandonné par les siens. Et il se mit à maudire le destin qui l’avait fait naître en dernier. Au premier né revenait la succession au trône, le second serait chef des armées et au dernier, les froideurs des monastères et la vie d’ascète. Il haïssait d’avance cette vie monacale qui devait le former à cette étrange religion dont ses parents s’étaient entichés bien avant sa naissance. Ainsi leurs vie avait été décidée et il ne pouvait rien faire contre ces coutumes venues du fond des temps. Il était prince de sang et devait se soumettre à la volonté de ses parents. Il n’y pouvait rien. Sa seule consolation était que le Haut Prêtre, conseiller personnel de son père, l’avait pris sous son aile et lui avait promis de l’instruire personnellement afin qu’il puisse occuper, plus tard, de hautes fonctions et qui sait, peut être lui succéder ? Mais quelle gloire y avait-il à plasmodier toute la journée, à s’en briser la voix, à regarder béatement les cieux en attendant un signe des dieux et à menacer tout un chacun des pires calamités si il ne faisait pas dévotion et offrandes au temple ?  Il ne comprenait pas. Ce monde qui était à présent le sien le dégoûtait au plus profond de ses entrailles. Ce culte n’était celui de ses grands parents dont beaucoup de vieux domestiques et de gens du peuple louaient encore les bienfaits, il avait quelque chose de malsain et d’oppressant, jouant sur la peur et l’ignorance. Mais Lishaeth devrait s’y habituer et surtout en comprendre toutes les subtilités si il voulait réussir à s’élever dans cette nouvelle hiérarchie.

 

Arrivé devant l’imposante porte de la salle à manger du palais, il souffla un peu, tentant vainement de calmer sa nervosité, il secoua sommairement ses vêtements, faisant voler autour de lui un nuage de poussière, provenant du dehors, puis entra, la tête haute, comme si son retard n’avait que peu d’importance à ses yeux. Il s’installa à sa place, au bout de la longue table, face à sa sœur et son frère.

 

« La ponctualité est une vertu qui vous est inconnue. » La voix glaciale de sa mère lui transperça le cœur. Assise bien droite sur son siège et le regardait avec impatience et déception. Elle avait toujours ce regard quand elle était en sa présence. C’était un regard à la limite du dégoût qu’il avait appris à supporter, même si il lui faisait toujours aussi mal. Lishaeth haussa un peu les épaules, l’air détaché et attrapa sa serviette. Il s’était enfermé dans un mutisme total depuis qu’il avait été envoyé au Temple. A quoi bon discuter puisque son opinion et ses désirs ne valaient rien ici bas ? Peu importe ce qu’il pourrait dire, alors pourquoi parler ? Il regrettait ses longues conversations avec son frère et sa sœur, quand ils étaient encore libres et insouciants, avant que ne tombe sur leurs épaules les charges du pouvoir. Il ne les voyaient à présent quasiment plus, hormis à cette heure précise où tous se réunissaient pour souper ensemble, comme une vraie famille. Du moins en apparence.

 

« Le chemin est bien long entre le Temple et la Citadelle. » Anaya, sa précieuse sœur avait lancé cette phrase d’un air détaché avant de faire signe aux domestiques de lui servir à boire. C’était une simple remarque qui ne cherchait pas à l’excuser, mais qui affirmait son soutien à son jeune frère,  envers les propos de sa mère. Lishaeth se détendit un peu et lui adressa un timide sourire de remerciement, mais Anaya ne le regardait même plus, absorbée dans la contemplation de son verre, rempli de vin. A cet instant elle avait l’air si malheureuse que Lishaeth aurait voulu renverser la table et la prendre dans ses bras. Il aurait voulu la soustraire elle aussi à ce destin dont on l’avait chargé, mais Licasen avait déjà avancé le bras pour lui prendre la main, par dessous la table. Anaya lui avait sourit un bref instant. Ce sourire, Lishaeth l’aurait voulu pour lui. Il en avait tant besoin et il eut envie de jeter son couteau en direction de son frère. Pourquoi avait-il le droit de la toucher ? De lui parler ? Pourquoi était-il celui qui lui redonnait le sourire et non pas lui ? Il se sentait bouillir devant cette complicité qui le laisserait toujours à part.  Puis Anaya s’était redressée, adoptant une attitude sévère et froide, un peu comme celle de sa mère, l’attitude qui sied à une future reine, mais rien ne pouvait lui enlever ce sourire qui menaçait à tout moment de s’échapper de ses lèvres et illuminer son visage.

 

La soudaine colère de Lishaeth fût distraite par un mouvement dans le fond de la salle. Le grand prêtre avait fait son entrée au coté de son père, le roi et c’est comme si un rideau de glace était tombée dans la pièce, enveloppant tout dans le silence. Il n’entendait plus rien que les battements précipités de son propre cœur. L’homme dégageait une aura presque effrayante, mais il ne pouvait s’empêcher d’être fasciné par lui, pas son visage, si fin et ses yeux d’une couleur qu’il n’avait vu chez aucun autres, d’un jaune presque aussi brillant que de l’or.

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