La Lijhline – Chapitre III

Chapitre III

« Nous n’étions que des enfants quand nous nous sommes rencontrés. Ou devrais-je dire, quand elle est entrée dans ma vie. J’avais treize ans et j’étais alors apprenti chez Maître Valius, le meilleur créateur d’automates de toute la Citadelle Pourpre, peut-être même du royaume. Un vieil ami de mes parents. Il était si réputé que même la famille royale lui passait commande, il en était devenu leur fournisseur officiel. Tous les enfants Parezel avaient au moins eu un jouet de sa maison. » Il sourit avec fierté, perdu dans ses pensées. « J’étais un peu paresseux, mais j’avais heureusement une grande facilité d’apprentissage et toutes ces merveilles me fascinaient. J’avais hâte de pouvoir à mon tour fabriquer mes propres automates et recevoir les applaudissements de toute la haute société. Mais j’étais encore loin de l’égaler. Je ne sais si j’y arriverai un jour…. Et pourtant il le faudra bien. » Ajouta-t-il comme pour lui-même. Il serrait sa tasse à présent vide et contemplait les pétales de la fleur de thé qui commençaient à se recroqueviller sur eux même.

« Maître Valius était quelqu’un de bien, un peu trop strict à mon goût, mais d’une patience à toute épreuve. Après plusieurs années passées à ses côtés, j’avais acquis assez de savoir et d’autonomie pour qu’il m’envoie en mission, réparer ses chers automates. Il me chargea de la maintenance du théâtre mécanique qui trônait au milieu du parc des Saunes Rouges. La poussière des allées avait tendance à gripper leurs délicats mécanismes et le propriétaire du théâtre ne pouvait se permettre d’annuler une seule représentation pour apporter ses acteurs miniatures à réparer. Je n’ai jamais aimé cet homme, il ne m’inspirait aucune confiance. Möner était pourtant quelqu’un d’affable qui s’entendait avec tout le monde, mais il y avait quelque chose de faux chez lui bien qu’à l’époque je ne m’en étais pas soucié plus que ça. J’évitais juste de trop discuter avec lui et lui allait vaquer à ses occupations pendant que j’étais occupé au théâtre, après le spectacle. Et puis un jour, elle s’est assise juste à côté de moi alors que je m’acharnais à réparer le bras d’un des jongleurs. Je ne l’ai pas entendue arriver et quand j’ai baissé les yeux, je me suis retrouvé nez à nez avec cette gosse, perdue au milieu de ses dentelles et qui me regardait avec la même intensité que si elle essayait d’aspirer mon âme. » À ce moment du récit, il ne savait plus pour qui il parlait. Il se laissait envahir par le flot de ses souvenirs.

« Nous n’étions pas du même monde, cela se voyait au premier coup d’œil, elle riche et puissante au-delà de ce que j’aurais pu imaginer à cet instant et moi simple apprenti devant gagner son pain. Nulle part ailleurs qu’à ce petit théâtre, nous n’aurions pu nous croiser. Il y avait beaucoup de gouvernantes qui amenaient leurs petits protégés assister au spectacle, ça leur laissait un peu de répit, mais après une ou deux représentations, elles ne revenaient plus. Les gosses de riches se lassent vite. Mais elle non, et nous nous sommes revus, presque toutes les semaines. Elle venait me voir à la fin du spectacle et s’asseyait par terre sans se soucier de ses belles robes et me regardait réparer mes automates. Elle ne parlait pas beaucoup au début, me lançait deux ou trois piques auxquelles je répondais. J’ai eu beau essayer de la chasser plusieurs fois, elle restait, l’air bravache et me posait toujours plus de questions sur leur fabrication. Je lui répondais du mieux que je pouvais et au fil du temps nos conversations se sont étoffées. Je ne voulais pas l’admettre mais j’attendais avec impatience ce jour pour la revoir. Nous savions que nous n’avions que peu de temps pour parler alors c’était un flot de paroles discontinues, mêlé de nos rires. Elle m’apportait des livres et des petits présents qu’au début je refusais, j’étais fier et je ne voulais pas de sa charité, mais elle m’a simplement dit que le plus beau cadeau que je lui faisais c’était de la traiter comme un être vivant et pas comme une poupée de porcelaine. Je n’ai pas trop compris sur le coup. Cela a duré pas mal de temps, des années même, mais hélas Möner a commencé à se poser des questions et quand il apprit qu’elle était une Parezel, il a changé radicalement d’attitude envers moi. Il n’était jamais bien loin quand elle venait me voir, l’observant avec un mélange de rage et de convoitise dans les yeux. Je ne comprenais pas pourquoi et ça m’était égal, tant qu’elle était près de moi. Puis un jour… » Il prit une profonde inspiration, essayant de rassembler son courage pour raconter tous les événements qui l’avaient amené à fuir la capitale. Les souvenirs lui pesaient et pouvoir enfin en parler après tout ce temps était un réel soulagement.

« Anaya était très triste ce jour-là. Elle m’avait dit que les devoirs de la cour étaient de plus en plus lourds à supporter. Elle ne viendrait plus aussi souvent. Elle en avait les larmes aux yeux. Je me suis alors souvenu de notre toute première conversation, des années plus tôt et je lui ai promis qu’avant qu’elle ne monte sur le trône, je lui construirai cet automate de danseuse qui la faisait tant rêver. J’avais déjà commencé à y travailler plusieurs années auparavant, aidé par Maître Valius, mais je voulais lui faire la surprise. Cela sembla lui remonter le moral et nous avons encore beaucoup parlé de ce projet de ballerine mécanique. Elle m’a souri tristement et, pour la toute première fois m’a embrassé. Un baiser aussi léger qu’une caresse que je ne pourrai jamais oublier. Sa gouvernante est passée par toutes les couleurs possibles mais n’a rien dit. Je voyais bien qui si elle avait pu m’étrangler elle l’aurait fait à la seconde, mais au lieu de cela elle la pressa juste de rentrer car il se faisait tard.

Elle venait de quitter le parc quand Möner s’approcha de moi. Il me regardait ranger mes outils d’un air détaché et fit un petit geste en direction de l’allée où elle avait disparue. « Je me demande ce qu’une jolie fille comme ça peut bien faire toutes les semaines ici. Ça fait combien de temps que je la vois traîner dans le coin ? Trois ans ? Quatre peut être ? Et c’est pas que pour mon spectacle on dirait. »

« On discute. Elle aime les automates. » J’essayais de couper court à la conversation, encore troublé par son baiser, mais Möner avait une idée en tête. Il posa sa main sur mon épaule d’un air paternel et se mit à me parler à voix basse.

« Méfie-toi d’elle, mon garçon. Elle est comme tous les puissants et causera ta perte. Vous n’êtes pas du même monde et elle joue avec toi. Tu n’es qu’un jouet pour elle, comme tes automates. Elle cherche à ce que tu t’attaches à elle, tu seras son esclave jusqu’à ce qu’elle se lasse et te jette… Ou pire… Qu’elle te dénonce. » Son visage était agité de tics nerveux et il regardait régulièrement aux alentours comme si il s’attendait à voir apparaître quelqu’un ou quelque chose. Je tentais de l’ignorer mais je me sentais bouillir intérieurement. Il ne savait rien d’elle, elle n’était pas comme ça. J’aurais voulu lui hurler qu’elle n’était pas comme ses parents, mais avant que je ne puisse ouvrir la bouche, il continua son discours. « Et si elle ne te dénonce pas d’autres le feront. Tu as beau cacher ton nom, les secrets ne restent pas inconnus ici… Amaury Nikodem ou devrais-je dire Amaury Lith’Deral, petit fils du Baron Egil Lith’Deral dont le nom est tombé en disgrâce il y a de ça vingt ans et qui fût exécuté avec toute sa famille pour fait de haute trahison et incitation à la révolte. Nous savons toi et moi que ça n’est pas vrai, que tes grands-parents étaient justes envers leur gens et qu’ils étaient fidèles au vieux roi. C’était une tuerie gratuite, perpétré par ce maudit couple qui a pris place sur le trône et par ce grand prêtre de malheur pour asseoir leur pouvoir et cette foutue religion ! Tes parents ont fui à temps mais leur nom est encore sur les listes de la Korma. Ils ont eu beau changer ton patronyme tu es un Lith’Deral, un ennemi de la couronne. Qui sait ce qui pourrait advenir de toi si ton petit secret était éventé. » Il affichait un sourire mielleux, mais ses yeux brillaient d’une lueur mauvaise. Je ne savais pas trop comment m’en sortir. Mes parents m’avaient laissé en apprentissage chez Maitre Valius quand j’avais huit ans et étaient partis au sud. J’avais eu quelques nouvelles et ne m’inquiétais pas trop pour eux, mais si Möner nous dénonçait aux Traqueurs de la Korma, nos vies ne tiendraient plus qu’à un fil.

« Qu’est-ce que vous attendez de moi ? » J’essayais de conserver mon calme et ramassai mes outils.

« Je vois que tu es raisonnable. Et bien …  » Il s’installa sur une caisse en bois posée à côté de la scène et me regarda un instant, savourant ce moment. Sans se presser il sortit une pipe de la poche de son veston et commença à la bourrer. Ça n’est qu’une fois allumée qu’il reprit son discours. La place était déserte à présent. « Rejoins-moi ce soir, quand la nuit sera noire, rue de la Goem, la petite porte verte. Tu y frapperas trois coups, puis tu attendras avant d’en frapper deux autres. Si tu ne viens pas… » Il laissa sa menace en suspens, mais je me doutais de ses intentions. Je finis de rassembler le reste de mes affaires et me hâtai de rentrer à l’atelier, les idées embrouillées. Devais-je le dire à Maître Valius ? Il avait une grande influence en ville et connaissait beaucoup de monde et j’étais de toute manière un livre ouvert pour lui. Il saurait que quelque chose n’allait pas. Mais si il l’apprenait, Möner enverrait les Traqueurs sur les traces de mes parents. Je n’eus heureusement pas à lui faire part de mes inquiétudes. Maître Valius était heureusement sorti voir des amis et je pus me retirer jusqu’au soir.

A l’heure dite, je me faufilai dehors. Je me souviens que la nuit était fraîche. Je ne sais pas pourquoi mais cela m’a marqué. J’ai marché dans les rues désertes de la Citadelle, longeant les murs, me cachant dès que j’entendais du bruit. J’étais terrifié. Le quartier où se trouvait la rue de la Goem était assez loin de chez moi et peu fréquentable, mais je réussis à arriver sans encombres et frappait à la porte, comme Möner me l’avait indiqué. Après avoir attendu plusieurs minutes, j’allais rebrousser chemin, quand la porte s’ouvrit et un bras surgit pour me saisir par l’épaule et m’attirer à l’intérieur. La surprise me fit pousser un cri, bien vite étouffé par une main puissante sur ma bouche. « Si tu cries tu es mort, tu as compris ? » chuchota une voix à mon oreille. J’étouffais et n’y voyait rien. L’intérieur de la maison était plongé dans le noir et la peur brouillait mes sens mais je réussis à hocher la tête et je sentis un bandeau de toile rêche me recouvrir les yeux. Mon hôte me prit par le bras et me guida dans ce qui semblait être un vrai dédale avant de me faire descendre un escalier de pierre, si usées que je manquais de tomber plusieurs fois. A travers le tissu qui me cachait la vue, je pus distinguer un peu de lumière. Il y avait des gens tout autour de moi, je le sentais mais ils étaient silencieux. D’un seul coup, on me força à m’asseoir sur un tabouret branlant et on m’arracha mon bandeau. Je fus éblouit par la vieille lampe au métal cabossé qui était posée sur une table face à moi.

« Tu as du cran petit. » C’était la voix de Möner. Il était juste à côté de moi, sa pipe fumant dans sa main, et me souriait l’air entendu.

« On n’a pas toute la nuit Möner ! » Une femme d’un âge incertain s’était levée et me jaugeait de la tête aux pieds d’un air méprisant. « C’est ça ta botte secrète ? Ce môme ? Franchement rester toute la journée à faire joujou avec ces saletés de pantins t’as complètement retourné l’esprit mon pauvre ! »

J’allais répliquer quand Möner posa sa main sur mon épaule, l’air toujours aussi paternel. « Allons, allons, tu devrais savoir que j’ai plus d’un tour dans mon sac. Je vous présente Amaury Lith’Deral. »

Mon nom fit le tour de l’assistance. Mes yeux commençaient à s’acclimater à la lumière et je pus dénombrer quatre interlocuteurs, de tous âges, assis autour de la table. La femme qui avait interpellé Möner, l’homme qui m’avait amené ici, un second, à peine plus vieux que moi et Möner.

« C’est un Lith’Deral ? Et bien quoi ? Tu vas l’exhiber devant la cours du Palais en leur criant qu’ils ne les ont pas tous eu ? » La femme ricanait mais Möner y coupa court.

« Un Lith’Deral ET le petit ami de cette charmante princesse Anaya… »

La nouvelle avait jeté un froid dans la salle et je me sentais de plus en plus mal à l’aise, observé par tous. Je n’étais pas le petit ami de la princesse. Non, juste son ami. J’essayais de me défendre, de leur dire que ça n’était qu’une connaissance, une gosse de riche qui passait de temps en temps parler avec moi, mais la lueur mauvaise qui s’était allumée dans leurs yeux me fit frémir.

« Petit… » Möner s’était levé et marchait dans la salle de long en large, ménageant ses effets. « Tu es peut être le sauveur de la nation, le seul qui puisse contrer le règne tyrannique des Parezel ! Ne souhaiterais-tu pas vivre en paix ? Sans la peur constante d’être dénoncé ? Sans la menace des Gardes Pourpres de la Korma ? Pouvoir rendre aux justes ce qu’ils leur ont pris ? Arrêter la répression sanglante à l’Est et aux frontières du Sud ? Rétablir l’honneur de ta famille et de tous ceux qui sont tombés sous le joug de ces tyrans ? Tu as le pouvoir de décider de notre avenir. » Il me regardait l’air exalté alors que les autres hochaient la tête et applaudissaient à ses paroles.

« Mais … j’vais pas l’épouser et monter sur le trône… » Je ne comprenais pas où Möner voulait en venir, mais l’idée me fit sourire.

« Qui te parle de ça ? Tu es la seule personne à avoir pu approcher la Princesse d’assez près sans te faire massacrer par sa gouvernante. Cette femme est une machine à tuer que personne n’a encore réussi à abattre et elle couve la princesse comme un vrai trésor. Je suis d’ailleurs étonné qu’elle ne t’ait pas encore brisé le cou. Mais ta petite chérie a dû lui mettre les points sur les i en ce qui te concerne. C’est un petit bout de femme à la volonté de fer qui marche sur les traces de sa mère. Elle montera bientôt sur le trône et d’après ce qu’on dit, elle n’y montera pas seule. Et là, on pourra tous dire adieux à nos petites vies tranquilles. Les Parezel sont des monstres, c’est dans leur sang, et il faut éradiquer le mal à la source. Éliminer la princesse n’est que la première étape, mais elle est primordiale.»

« La ferme Möner ! » La femme s’était levée d’un bond en entendant Möner exposer leurs plans. « J’ai pas confiance en lui. Qu’est ce qui te dit qu’il va nous suivre ? »

« C’est un Lith’Deral… Et les Lith’Deral ont toujours eu un immense sens de la justice… »

« Foutaises ! » L’autre homme qui se tenait à mes côtés cracha par terre. « On ferait mieux de rester au plan initial et de faire exploser ton foutu théâtre pendant qu’elle est là. »

« Et allez, continuez ! Dites-lui où on habite tant que vous y êtes, pour qu’il puisse filer directement à la Korma nous dénoncer. » La femme se leva de son siège et commença à arpenter la grande salle de long en large en pestant. « On a mis des années à mettre tout ça en place et vous êtes en train de tout faire foirer ! »

« Tout doux Ildane, tout doux. » Möner s’approcha d’elle et passa ses bras autour de ses épaules pour l’apaiser. Il lui murmura quelque chose à l’oreille qui sembla tout de suite la calmer et elle reprit sa place en silence.

De mon côté je ne savais plus quoi penser. Anaya était mon amie et elle n’avait rien à voir avec le monstre qu’ils essayaient de me dépeindre. Elle ne voulait pas monter sur le trône, elle me l’avait dit tellement souvent que cela en était presque devenu un sujet de plaisanterie entre nous, si bien que nous avions même mis au point un plan d’évasion rocambolesque et que nous avions décidé de partir vivre à Förnem, un village perdu dans les montagnes aux portes d’Omash, où nous aurions vécu d’élevage et de cueillette. Ce n’était que des rêves de gosses, mais cela nous apaisait un peu. « Elle ne veut pas monter sur le trône vous savez … » Je m’étais hasardé à cette remarque, espérant bêtement que cette confession pourrait les faire changer d’avis. Elle provoqua l’hilarité dans l’assistance et il leur fallut un long moment avant de retrouver leur calme.

« Assez plaisanté petit. Je te donne le choix. Soit tu marches avec nous, soit je peux t’assurer que ta vie est finie et celle de ta famille et de ton bon maître Valius aussi. Et si tu as dans l’idée de nous dénoncer, tu tomberas toi et les tiens avec nous, mais avant on fera en sorte de te faire regretter ça, au point que tu nous supplieras de t’achever. Je te laisse la nuit pour y réfléchir. Seth va te raccompagner chez toi et je repasserai demain matin. »

J’étais coincé. Quoique je fasse, j’allais mourir. Seth m’a ramené jusque chez Maître Valius, non sans m’avoir menacé tout le long du chemin des pires tortures ou de mettre le feu à l’atelier si je disais un mot de tout cela à qui que ce soit, de façon à bien me faire comprendre qu’ils ne plaisantaient pas. Je suis remonté dans ma chambre, en essayant de faire le moins de bruit possible, mais Maître Valius m’y attendait. Cette petite escapade nocturne n’était pas de son goût et il s’apprêtait à me passer un sacré savon. Je savais que je ne devais pas en parler, j’étais terrifié par Möner et sa bande et n’avais pas le droit de mettre Maître Valius dans la confidence. Mais j’ai craqué, il n’a pas eu le temps d’ouvrir la bouche que je lui ai tout raconté. Au début il a eu du mal à me croire, il pensait à une histoire inventée pour couvrir ma petite virée nocturne, mais je devais avoir l’air tellement bouleversé qu’il a fini par comprendre que c’était vraiment grave. Il savait que je voyais une fille au théâtre mécanique, je lui en avais déjà vaguement parlé mais il ne s’imaginait pas que cela aurait pu être la princesse en personne. Il était furieux contre moi, me traitant d’inconscient, mais il se calma très vite, cherchant le meilleur moyen de me sortir de ce pétrin.

Maitre Valius avait des amis et des protecteurs puissants, mais moi qui n’était que son apprenti et qui avait menti sur mon identité, je ne donnais pas cher de ma peau. Il finit par me dire de faire mes bagages. Il allait m’envoyer chez ne de ses vieilles connaissances pour parfaire mon apprentissage. Loin de la capitale, Möner ne pourrait plus rien contre moi. Il se chargerait ensuite de faire parvenir un message d’avertissement à mes parents au cas où.

À l’aube, tout était réglé, j’avais fait mon sac, Maître Valius me confia quelques outils et un peu d’argent pour le voyage en me disant de  faire très attention et de ne pas revenir avant qu’une année ne se soit écoulée, le temps de me faire oublier. Comme Seth montait la garde devant l’atelier, je suis passé par les toits et j’ai bien failli me casser le cou ! J’ai ensuite réussi à prendre le premier train pour Lec-Dara. Là-bas, je pourrais trouver refuge chez Maitre Bellum, un ancien compagnon de Maitre Valius, mais quand je suis arrivé en ville, il n’y avait plus personne. Son ami était mort depuis peu et je me suis retrouvé seul, livré à moi-même. Impossible de rentrer à la Citadelle. J’ai erré de ville en ville, cherchant à me placer, mais les temps sont durs et les seuls engagements que j’ai eus étaient pour l’armée. Et ça pas question. Alors j’ai continué toujours plus au nord, jusqu’à arriver ici, à Huicha. J’ai fui comme un lâche, sans pouvoir la prévenir du danger ni même lui dire au revoir. Je l’ai abandonnée…» Amaury massait doucement son épaule endolorie, retrouvant peu à peu toutes ses sensations. Étonné par ce prodige il s’interrompit pour faire quelques mouvements. La douleur s’était presque envolée, comme par enchantement. « Comment… qui…  »

Elle se leva pour prendre la tasse qu’il avait posée sur ses genoux et la ramener sur la table, ignorant sa question. «  Tiendras-tu ta promesse ? »

« J’aurais du mal. » Il haussa les épaules, l’air abattu. « Je n’ai plus d’outils, plus de plans et à l’heure qu’il est mes recherches doivent être en train de leur servir de papier pour allumer le feu. » Il serra les dents, écœuré par la situation. « Et pourtant, si je pouvais, bien sûr que je tiendrai ma promesse ! Parce qu’elle compte autant pour moi que pour elle. Parce que je sais qu’elle n’est pas le monstre qu’est sa mère. Peu importe ce que les gens peuvent dire d’elle, cette promesse, c’est pour qu’elle n’oublie jamais ça ! »

« En ce cas, je trouverai bien un moyen de récupérer ton sac. » Pour la première fois depuis qu’il était ici, il la vit sourire. Elle avait l’air si sûre d’elle qu’il reprit un peu espoir, même si il ne savait pas comment elle pourrait s’y prendre.

 

Suite – Chapitre 4

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