Livre III – Le journal de Jassen – Le rêve d’Ismée

Haru an – 17

Ce qui arriva exactement ce jour-là n’est plus très net dans mon esprit, tant de choses se sont passées en si peu de temps. Des choses qui me font douter de la nature même du jeune Haru. Qui est-il en réalité ? Avant que ma mémoire fatiguée ne me fasse défaut, et avant que maitre Merrick ne revienne du travail et m’oblige à me reposer et abandonner ma plume, je me dois de relater, avec le plus de précisions possibles ce qui se passa en ce jour funeste.

J’étais installé à ma place favorite dans le salon réservé aux ssi’ans de passage au Palais, dans l’angle de la fenêtre qui donnait sur les jardins impériaux et rédigeait quelques notes tout en écoutant d’une oreille distraite la conversation des quelques jeunes gens présents à cette heure matinale. C’était un jour banal, semblable à tant d’autres et jamais je n’aurais pu me douter de ce qui allait arriver.

De ma place, le dos appuyé contre le mur, je pouvais entendre les sons qui émanaient du Palais. Les bruits de pas dans les couloirs et les conversations étouffées, tous ces sons si familiers qui font la vie de cet endroit. Au milieu de ce joyeux tumulte,  j’entendis soudain quelque chose, si ça n’est étrange, du moins, inhabituel à cette heure du jour. Un bruit de course et le cliquetis des armes des gardes impériaux, mêlés d’ordres chuchotés d’une voix ferme et autoritaire. Sans y prêter plus attention, je continuais d’écrire. Il n’était pas rare que ces hommes effectuent des exercices de simulation dans les couloirs du Palais. Pourtant avec eux, c’est comme si quelque chose avait changé dans l’air, comme une sourde angoisse montant des pierres même des murs du Palais. J’étais très sensible à de tels changements, mais, levant le nez de mes pages, je me rendis compte que même les autres ssi’ans semblaient l’avoir remarqué. Leurs rires étaient plus discret et leur visage un peu tendus.

A cet instant, Haru entra dans la pièce, comme une tornade, et sans même un regard pour ses occupants, couru à moi pour se jeter sur le siège placé à mes côtés. Pour tout salut, il jeta des regards angoissés autour de lui  et se mit à chuchoter. « J’ai fait un rêve cette nuit… » Il défroissait d’un geste mécanique le bas de sa tunique, soudain concentré sur sa tenue, à la recherche du moindre pli.  « Mais ça n’en était pas un. » ajouta-t-il, presque pour lui-même. Ses yeux étaient voilés de gris et j’évitais soigneusement de les regarder trop longtemps, de peur de renouveler l’expérience troublante de notre première rencontre. Lui s’était maintenant tut et fixait un point invisible derrière moi. Ne voulant pas le brusquer, j’attendis qu’il reprenne la parole, curieux d’en savoir plus sur ce rêve.
Les conversations dans la salle n’étaient plus que murmures et chuchotements alors que repassait en courant dans le couloir les gardes impériaux. Il se passait quelque chose au dehors, mais j’étais bien trop pris par Haru pour m’en rendre vraiment compte.

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Livre III- Le Journal de Jassen – Les Ogres d’Artiac

LT: Haru 17

Mémoires ssi’aniques de Jassen. Extrait

Maître Merrick prit vite l’habitude de m’amener au Palais avec lui et de me laisser libre d’explorer les environs tant que je restais dans les endroits autorisés par mon pass d’accès, et ainsi rencontrer d’autres ssi’ans. Je ne sais pas si c’est à cause de Lord Lucianus qui l’accusa peu après mon arrivée de me laisser prendre la poussière enfermé seul chez lui ou si Maître Merrick se sentait mieux en ma présence, mais ces instants solitaires à vagabonder dans le Palais me permirent d’en apprendre beaucoup plus en peu de temps que durant mes années au Pensionnat. Le plus souvent je préférais rester auprès de lui, mais lorsque que je le voyais bien trop pris par son travail, je m’autorisais une promenade de quelques heures avant de revenir le voir, espérant qu’il ai fini sa tâche. Certaines parties du Palais m’étaient, en ma qualité de ssi’an, bien entendues interdites, mais cela m’importait peu comme le bâtiment, composé d’une multitude d’ailes et de tours et fourmillant d’activité à toute heure du jour et de la nuit, était assez grand pour que je ne me sente pas relégué loin de toute conversation intéressante. De toutes les rumeurs de couloirs, celles qui revenaient le plus, surtout à la cafétéria, à l’heure de la pause des employés travaillant dans les divers bureaux alentours, concernait les frasques d’Haru, le ssi’an de Lord Dante, Premier Conseiller Impérial et neveu de l’Empereur.

Je crois que beaucoup au Palais s’étaient pris d’une réelle affection pour ce ssi’an au caractère si insouciant et indomptable qui lui valait de régulières et cinglantes punitions de la part de son Maître. Glanant mes informations aux détours de conversations et d’articles de presse  Lord Merrick m’avait offert une second pass d’accès me permettant d’entrer dans une des partie fermée au public de la Bibliothèque Impériale  j’appris bientôt sa longue et complexe histoire, depuis sa découverte encore bébé dans une épave errant aux abord des restes de ce que fût Azuria, jusqu’à son enlèvement et son retour sur Gariath, bien qu’il me reste encore beaucoup de points à éclaircir sur cette histoire, notamment sur ses ravisseurs et la façon dont il faut retrouvé sur Minerva, pourtant la planète la plus éloignée de Gariath, après deux ans de captivité.
Vu de l’extérieur, Haru semblait être un garçon bien peu réfléchi, égoïste, désobéissant, voir même quelque peu insolent mais totalement dévoué à Lord Dante et doté d’une immense gentillesse et d’une bonne humeur à toute épreuve qui lui amenait la sympathie d’une grande partie du personnel travaillant au service du Premier Conseiller. Mais ce qui me marqua le plus fût son regard qui me donna le sentiment que ce ssi’an était bien plus profond et spécial qu’il ne voulait le faire croire.

Lord Dante avait fait appelé Maître Merrick dans le salon privé attenant à son bureau et je fus surpris d’y découvrir Lord Lucianus et Lord Silmar. Ces deux derniers travaillaient pourtant loin du Palais et leur emploi du temps ne leur permettait pas de venir régulièrement faire une visite de courtoisie à Lord Dante ou Maître Merrick. Je compris, voyant la surprise et l’inquiétude de mon maître que le sujet de cette réunion devait être extrêmement grave pour que Lord Dante demande à les voir tout les trois en même temps au Palais.

«Alors c’est vrai?» Maître Merrick se laissa tomber dans l’un des fauteuil et me tira par la manche pour que je m’installe, serré contre lui. Il passa son bras autour de moi et me pressa un peu plus contre son flanc, caressant mon épaule et ma nuque, le regard fixé sur Lord Silmar. Il devait être plus qu’inquiet pour oser un tel degrés d’intimité alors que nous étions au Palais et qui plus est dans le bureau de Lord Dante.

Lord Dante me dévisagea un instant mais, d’un hochement quasi imperceptible de la tête m’autorisa à rester et à écouter. Eyias était là aussi, assis aux pieds de Lord Silmar, la tête et les bras reposant sur ses genoux mais sous son air absent lui aussi avait l’air nerveux. «Je crains que oui Merrick. J’ai gardé le silence le plus longtemps possible ainsi que Silmar et les deux Chefs de la Sûreté Impériale aussi afin que ne filtre aucune informations à ce sujet mais je crains qu’il n’y ai eu des fuites et nous ne pouvons plus reculer l’exécution.» More