Les Soldats de Fer – Chapitre V

( Juste histoire de titiller un peu votre curiosité …. Un extrait du tome 3 du Cycle Parezel)

Chapitre V 

Le Grand Lac de Xisha s’étendait sous ses pieds. Il ne restait plus qu’à parcourir que quelques lieues et bientôt elle serait au camp de Zanchu. Qiulin senti monter en elle l’impatience et l’excitation. Elle avait réussi. Elle allait retrouver son frère et ils seraient en sécurité derrière les hautes palissades de la caserne. Tout ce qu’elle avait vécu jusqu’à lors ne serait plus qu’un mauvais souvenir. Elle arrêta sa monture sur un petit promontoire qui surplombait le lac, admirant le paysage. Le ciel d’été se reflétait à la surface de ses eaux paisibles qu’aucune vague ne venait rider, lui donnant l’impression qu’elle pourrait plonger dans ce ciel si bleu.

Quelque chose attira son regard vers l’ouest. Un nuage de poussière, comme un mauvais présage s’élevait au loin. Elle sorti sa longue vue pour voir ce qui se passait là-bas, prête à trouver un autre chemin pour atteindre le camp fortifié. Comme elle s’y attendait, c’était un soldat de fer qui dégageait une telle fumée. Il était seul, mais mieux valait ne pas s’approcher. Elle savait d’expérience qu’ils voyageaient rarement seuls. La lourde machine fit une courte pause, semblant observer quelque chose puis s’élança. Il avait repéré quelque chose près du lac. Elle ajusta sa lentille pour voir ce qui avait provoqué cette réaction et vit deux formes vêtues de lourds manteaux de laine assises au bord du lac. La plus grande était penchée au-dessus de l’eau et ne semblait pas consciente du danger. La plus petite était étendue à ses côtés et ne bougeait pas, probablement endormie.

Sans hésiter, elle dirigea ses montures de façon à retourner sur un terrain plus plat avant de les mettre au galop. Son cœur battait à tout rompre et elle espérait arriver à temps pour prévenir ces deux inconscients. Elle n’était pas encore à portée de voix qu’elle se mit à hurler à plein poumons pour attirer leur attention. Au loin, les deux inconnus se figèrent sur place, sans comprendre ce qu’elle cherchait à leur dire, puis il y eut un cri. Le soldat était à présent à visible et fonçait droit sur eux. Ce fut comme un électrochoc et ils se mirent alors à courir en direction de Qiulin.

Une course pour la vie s’engagea alors sur les rives claires du grand lac. Le soldat gagnait du terrain alors que Qiulin poussait ses montures pour les atteindre avant lui. Le plus petit trébucha et tomba à terre, lâchant la main de son protecteur qui continua de courir avant de faire volteface. Mais ils étaient à présent séparés de plusieurs mètres, il y eut un moment de flottement et il ne fallut que ces quelques secondes au soldat pour parcourir la distance qui le séparait de sa première victime.

D’ici quelques secondes tout serait fini. C’est alors qu’une flèche l’atteignit au bras. La pointe rebondit sur sa carapace de métal, mais la petite fiole qui l’accompagnait se brisa, rependant un liquide jaunâtre qui se mit à grésiller à son contact. Le soldat poussa alors un hurlement inimaginable, mélange de fureur et de grognement animal. Qiulin détacha son second cheval, l’encourageant à rejoindre l’inconnu qui était retourné sur ses pas et arma une autre flèche. Malheureusement elle manqua sa cible et se mit à crier de plus belle afin d’attirer son attention.

Au premier tir, le soldat avait complètement oublié la petite forme recroquevillée à ses pieds. Il s’était arrêté et contemplait le trou qui s’était formé dans son avant-bras. Le second tire lui fit lever la tête et il se tourna vers cette bruyante intruse qui l’attaquait. Qiulin tira alors une dernière flèche, l’atteignant à l’œil, l’unique point vulnérable qu’elle leur connaissait. La créature se redressa, cherchant désespérément à arracher cette flèche qui avait déversé sur lui un acide si puissant qu’il commençait à ronger son visage. Mu par l’instinct, il fit plusieurs pas en direction du lac et se pencha, cherchant à rincer ses yeux. Les bords étaient boueux et sa lourde armure s’enfonça dans la vase, l’empêchant de garder son équilibre. Le soldat poussa un nouveau cri, presque humain puis il tomba en avant. Le poid de sa carapace de métal l’entrain immédiatement vers le fond.

Toujours au galop, Qiulin passa devant l’inconnu et se pencha sur le côté, bras tendu pour attraper au vol l’enfant qui n’avait pas bougé. Elle se redressa alors sur sa selle et le cala contre elle. Elle eut un peu peur qu’il ne soit blessé, mais elle n’avait pas le temps de s’arrêter. Même si le soldat était vaincu, d’autre pouvaient encore venir. Elle poussa un long sifflement et fit signe à l’autre inconnu de la suivre. Il fallait retourner trouver abri dans la forêt. Il n’eut pas le temps de se remettre de sa surprise que déjà Qiulin était loin et il s’en fallu de peu pour qu’il ne doive courir derrière eux. Il réussit à s’agripper au pommeau de la selle et grimpa tant bien que mal sur le dos de l’animal.

La petite forme serrée contre elle tremblait de tous ses membres. Elle était sale et sentait l’urine fraîche, probable résultat de l’intense frayeur qu’elle avait eue quelques instants plus tôt. Qiulin fronça le nez mais ne fit aucune remarque, au moins elle était en vie. Elle se contenta juste de repousser la capuche qui lui masquait son visage. Une cascade de cheveux couleur miel s’écoula du capuchon et elle entrevit entre ces mèches emmêlées le visage d’une petite fille au visage criblé de taches de son. Elle ne devait pas avoir plus de dix ans. Rassurante, la jeune femme lui sourit et la serra un peu plus fort contre elle. « Ca va aller, tu es en sécurité maintenant. » Elle savait que ses paroles sonnaient faux, que nulle part sur les plaines ils ne seraient à l’abri, mais c’est tout ce qui lui venait à l’esprit.

Une fois à couvert sous les frondaisons, Qiulin fit ralentir sa monture et se tourna pour voir si l’autre suivait. Il avait réussi à se redresser sur sa selle et dirigeait sa monture d’une main ferme. Arrivé à sa hauteur elle se rendit compte qu’il la dépassait d’une bonne tête. Son visage était lui aussi recouvert d’une lourde capuche en laine, mais elle pouvait voir dépasser les mêmes mèches cuivrées que celles de l’enfant qu’elle tenait contre elle. L’inconnu tendit les mains et lui retira d’autorité la petite fille qu’il posa sur sa selle.

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